Serviteurs de la paternité divine

samedi 6 mars 2010
par  Alain Mattheeuws

SERVITEURS DE LA PATERNITE DIVINE

dans Comment être parents ?, Tychique (2004) 54-57.

Depuis la création du monde, l’homme et la femme sont face à face et signifient en leur corps sexué une double modalité d’être-au-monde, d’être personne-don l’un pour l’autre. La reconnaissance de cette altérité est déterminante pour la prise de conscience de leur propre identité. Cette altérité, confirmée et particularisée par l’insaisissable différence sexuelle, est finalisée par l’amour. Aimer, c’est décider librement de se donner, de sortir de soi, de se quitter pour « connaître » l’autre dans ses différences qui sont richesses à découvrir, à assumer, à rencontrer. Ce don de soi à l’autre est « matière » de la liberté. Il touche le corps. Il engage dans les forces d’aimer toute la sexualité. Le don des corps atteint sa dignité et sa beauté dans l’écrin d’une promesse, d’un « oui » franc et libre de tel homme pour telle femme. Le choix de l’amour a un caractère raisonnable, même si certains traits de l’amour se révèlent folie pour ceux qui restent extérieurs au don, même si l’amour a des raisons qui le transcendent toujours. Par ailleurs, cette double figure de l’homme et de la femme qui s’aiment est toujours traversée de part en part par le désir « objectif » de l’enfant, présent dans l’élan des corps, les pulsions de l’imaginaire, le désir de l’autre, le don exclusif et total des libertés . L’enfant n’est pas seulement une « idée » de l’amour : il en est souvent la vérité. Il en est le plus souvent la « confirmation » historique. Dans l’histoire d’un couple, la conjugalité est travaillée et empreinte comme « naturellement » de la parentalité.

1. Une tradition

Il n’est pas inutile de rappeler le dessein du Dieu créateur à l’origine pour mieux en comprendre l’actualité. Sa parole est un acte. « Dieu créa l’homme à son image. A l’image de Dieu il le créa. Homme et femme, il le créa. Dieu les bénit et leur dit : « Soyez féconds, multipliez, emplissez-la terre et soumettez-la » (Gn 1,27-28). Dans cette relecture initiale inspirée de la condition humaine sexuée - comme dans les autres textes de la Bible -, les auteurs sacrés manifestent clairement le lien entre la conjugalité et la parentalité. L’homme est image de Dieu dans sa masculinité et dans sa féminité. Il l’est également dans l’union, c.-à.-d. dans le couple qu’ils forment et qui reçoit la bénédiction divine (Gn 2,24 : « Ils feront une seule chair »). Ce couple est dès l’origine ouvert sur le mystère de la fécondité divine. Cette fécondité n’est jamais abstraite ni virtuelle. Elle est enracinée dans l’histoire et s’incarnera dans des événements qui toucheront de près la vie du couple.
La bénédiction de Dieu qui accompagne la création de l’homme et de la femme n’est pas étrangère à l’apparition de l’enfant, à la procréation et à l’éducation d’une famille, à l’articulation mutuelle de la conjugalité en parentalité. La parentalité n’est-elle pas toujours un lien religieux ? Elle lie à la vie, mais elle conduit ainsi au Maître de la Vie, au Nom de Dieu. C’est le même amour à l’origine qui fonde, pour l’homme et la femme, l’aptitude, la responsabilité, la mission d’être époux et parents. Cette bénédiction des origines imprègne toute l’histoire du salut. Elle traverse les peines et les joies, les angoisses et les passions, les péchés et les actes bons des couples qui s’aiment. Comme l’exprimaient plusieurs Pères du dernier Concile cette « image » et cette « bénédiction » originelles n’ont jamais été abrogées . « Le mariage et l’amour conjugal sont d’eux-mêmes ordonnés à la procréation et à l’éducation. D’ailleurs, les enfants sont le don le plus excellent (praestantissimum donum)du mariage et ils contribuent grandement (maxime) au bien des parents eux-mêmes » (Gaudium et spes n°50,1)

Cette évidence naturelle du lien entre l’amour conjugal et un de ses fruits - l’enfant - a été vécue et reconnue de manière différente selon les époques . Dans la réalité la plus ordinaire, l’acte conjugal contient in se la capacité à la fois concrète, symbolique, spirituelle, morale d’unir les époux et de poser les conditions de l’engendrement. Les diverses doctrines du mariage dans l’Eglise ont toujours manifesté ce lien « interne » : depuis saint Augustin et sa présentation des « biens » du mariage jusqu’à saint Thomas qui oeuvrait à rendre compte des finalités du mariage, l’unité entre la conjugalité et la parentalité est toujours clairement enseignée. La possibilité technique plus accessible pour notre époque de distendre ce lien a ouvert l’horizon de certaines cultures et la conscience individuelle à des questions nouvelles : dissociation entre paternité biologique, juridique, gestationnelle, adoptive, personnelle... Comment comprendre désormais la beauté et l’exigence de ce lien ? Comment être père et mère en vérité ?

2. La lumière du sacrement de mariage

Signe de la présence du Christ dans l’humanité et dans l’Eglise, le mariage sacramentel transforme par grâce la relation conjugale et donne aussi son sens plénier à la paternité humaine. Le désir humain de l’enfant y trouve un « berceau » personnel pour « advenir » à l’être. L’acte conjugal est le « lieu » précis où tout être humain doit être conçu, porté, engendré, mis au monde et éduqué dans l’amour.

Sa préparation et sa réception

Il est de couples qui ont des enfants avant de se marier. Il en est d’autres qui n’en ont pas voulu et qui ont pris des moyens adéquats ou non pour les éviter. Au moment où le désir de se marier civilement et religieusement devient une décision plus ou moins ferme, chaque couple est interpellé par le mystère du lien d’amour qu’il veut instituer et rendre public, ainsi que par la grâce sacramentelle qu’il demande à recevoir dans l’Eglise. L’amour qui les unit et qui les mène à cette décision d’entrer dans une institution civile ou religieuse a les traits plus ou moins conscients d’une ouverture à l’enfant. Des réticences ou des peurs, des calculs ou des prévisions peuvent marquer plus ou moins profondément la personnalité des futurs époux et leurs engagements. Il reste que la perspective sacramentelle pose clairement la question de l’accueil de l’enfant et de la manière d’y collaborer. Le sacrement est une grâce particulière qui identifie les époux au Christ et leur permet de mieux se comprendre comme époux et comme parents. Pour en approfondir la portée personnelle, il est nécessaire de mesurer les dispositions de cœur et de la liberté nécessaire pour l’accueil de cette grâce offerte en Eglise.
Il est bon de rappeler que l’acceptation et la présence éventuelle de l’enfant sont une condition de validité de la réception du sacrement. Il n’est pas facultatif pour les futurs époux de se disposer librement à aimer jusqu’au bout et à laisser leur amour « être dépassé » par la conception et l’accueil d’un autre que le conjoint bien-aimé : l’enfant est substantiellement le fruit et le signe de leur amour. L’enfant témoigne de la vérité de la conjugalité. Il n’en est pas le critère absolu, mais son refus explicite oblitère la vérité de ce qui peut être promis par les conjoints. La conjugalité est à ce prix : elle est toujours unie à l’accueil de la parentalité. « Dans le foyer que vous allez fonder, acceptez-vous la mission d’époux et de parents », dira le célébrant du sacrement pour manifester publiquement l’engagement des libertés dans cette aventure qui dépasse l’homme et la femme et les rend « coopérateurs » de l’œuvre créatrice de Dieu dans l’histoire. Les époux sont appelés à être responsables de la paternité de Dieu dans l’Eglise et dans le monde. Quelle redoutable et fascinante proximité avec les sources de la vie ! Ils en sont les images concrètes et leur mission dans l’Eglise apparaît de plus en plus décisive pour la vie même de celle-ci. « Dans leur devoir qui leur incombe de transmettre la vie et d’être des éducateurs (ce qu’il faut considérer comme leur mission propre, les époux savent qu’ils sont les coopérateurs de l’amour du Dieu Créateur et comme ses interprètes. Ils ‘acquitteront donc de leur charge en toute responsabilité humaine et chrétienne, et, dans un respect plein de docilité à l’égard de Dieu, d’un commun accord et d’un commun effort, ils se formeront un jugement droit. (…) Ce jugement, ce sont en dernier ressort les époux eux-mêmes qui doivent l’arrêter devant Dieu (cf. Gaudium et spes n°50,2).
Ainsi est-il normal de constater chez les conjoints et les futurs parents la conscience d’une responsabilité aiguë en même temps que la joie et l’assurance en face du surgissement de la vie en eux.

Une donation libre de soi

Dans de nombreuses cultures, le mariage est accompagné de rites de passage : ils témoignent de ce « nouveau départ » dans la vie pour le jeune couple. Quitte ton pays (Gn 12,1), ton clan, ta famille pour une autre « terre ». Ce départ ne dissout pas les liens familiaux antérieures, mais de nouvelles alliances sont conclues à travers cet « exode familial ». La grâce du sacrement opère aussi un « exode de soi » des époux : leur amour est appelé à devenir et à s’identifier à l’amour divin et à sa fécondité. Pour chaque membre du couple, ils ont à expérimenter que la source et le terme de leur amour n’est pas « eux ». L’amour conjugal n’est pas « cellulaire » ou « égotique », il est « marche commune et pélerine » de sa demeure corporelle et originelle vers la Maison du Père.
L’exode de l’amour de soi est pour une extase nouvelle, gratuite : elle est une grâce où les époux expérimentent qu’ils ne s’appartiennent plus à eux-mêmes, mais à Dieu d’abord (comme le souligne la grâce baptismale) et à l’autre et aux autres. Dans le dynamisme de la donation mutuelle, ils expérimentent que leur vie et leur corps ne sont plus seulement à eux et pour eux. Ils peuvent ainsi s’aimer en vérité car ils restent des sujets libres, mais s’aimer de l’amour même de Dieu qui pose son regard et agit sur notre terre en eux et par eux. Le lien conjugal est un lien de grâce : Dieu y est présent de manière particulière et visible. La grâce est dans le corps des époux : elle se fait chair dans le quotidien de leurs relations. Elle peut aussi se faire « chair » dans la chair d’un enfant issu de la grâce et de leur don réciproque. Accueillir un enfant, c’est le vouloir : c’est s’ouvrir à la racine de son être à la volonté de Dieu dans l’histoire. Les médiations corporelles, physiologiques, psychologiques, ne sont jamais niées : elles ont toujours à être situées dans le plan « gracieux » de l’amour divin présent personnellement dans l’histoire humaine.
Les époux sont dit « coopérateurs, cocréateurs, collaborateur » de l’action divine. Il sont « lieu-tenants » du Créateur. Ils se tiennent devant le Créateur et l’enfant conçu ou à concevoir. Ils ne sont pas des « instruments mécaniques » de l’action divine, mais librement ils traduisent et interprètent l’amour bienveillant de Dieu pour l’humanité. L’action du Créateur et Père passe par eux, mais ils ne sont parents en vérité que s’ils reconnaissent leur humble place de créature. Cet amour n’est jamais abstrait, virtuel, conceptuel. Il concerne toujours les libertés qui s’offrent en conscience au dessein créateur et rédempteur de Dieu. La volonté parentale de procréer est coïncidence et complicité filiale des époux à la volonté divine.
Tout hiatus dans cette conformité de volontés aimantes fait apparaître les limites humaines (refus injustifié de l’enfant) ou la puissance de Dieu qui assume les décisions étranges de l’homme (clonage, expérimentations sur les cellules embryonnaires). Si la beauté de la paternité humaine pâlit, Dieu en souffre, mais sa grâce demeure : Dieu continue à aimer l’homme et la femme tels qu’ils sont, tels qu’ils opèrent. Il prend en charge l’enfant quelles que soient les conditions dans lesquelles il vient à l’existence. La puissance de Dieu est vulnérabilité quant elle s’offre à passer par les mains de l’homme et de la femme. Cette puissance d’amour demeure victorieuse de toute mort dans l’histoire conjugale et parentale même quand la coopération humaine s’affaiblit ou se refuse. Dieu est prêt à assumer l’enfant-clone, l’enfant-médicament, l’enfant-embryonnaire laissé pour compte : il montre encore et toujours à l’humanité le poids et la noblesse de l’amour parental, sa signification la plus profonde même à travers les aléas de la parentalité humaine. La grâce rédemptrice est à ce prix. Elle atteste au cœur de toute espèce de parentalité la puissance de vie et de résurrection de la paternité divine. Tout enfant a une destinée éternelle. Les parents sont appelés à vivre de cette vérité, à la comprendre au fil de leurs relations conjugales, à en témoigner librement à travers les exigences morales et spirituelles des actes humains.

3. La mission en Eglise

Autant le Concile Vatican II que les textes ultérieurs n’ont pas manqué de mettre en lumière l’importance ecclésiologique, morale, spirituelle de l’alliance conjugale. La famille est désormais une « ecclesiola » (ou « Ecclesia domestica », Lumen gentium n°11) et la réalité que ses membres y vivent est à la fois exigeante, belle, stimulante. Figure de l’Eglise et de son mystère, de la relation aimante du Christ lui-même pour cette Eglise et pour l’humanité qu’il a sauvée, le couple et la famille ont une mission dans le monde. La fécondité de chaque couple est liée à la reconnaissance joyeuse et paisible de cette mission qui revêt des caractéristiques variées mais toujours personnelles. Transmettre la vie appartient à la mission commune des époux. La paternité et la maternité sont ensemble une participation à la paternité divine. L’acte conjugal, l’accueil et l’éducation de l’enfant, tous les gestes de la vie quotidienne de ce « sacrement permanent » sont des signes tangibles de la bonté et de la tendresse de Dieu pour les hommes. Jésus est venu sauver l’amour : les époux témoignent de cet amour qui sauve, qui donne la vie, qui en prend soin, qui la fait grandir et lui donne sur la terre une dignité éternelle. « Par ailleurs, que tous sachent bien que la vie humaine et la charge de la transmettre ne se limitent pas aux horizons de ce monde et n’y trouvent ni leur pleine dimension, ni leur plein sens, mais qu’elles sont toujours à mettre en référence avec la destinée éternelle des hommes » (Gaudium et spes n°51)
La vie et l’amour sont un don de Dieu, librement offert. Les parents sont appelés à interpréter en leur corps cette aptitude reçue d’engendrer la vie et d’accueillir dignement tout nouvel être humain. Cette « intendance » du créé passe par leur amour, corporellement, librement. Ils sont les interprètes et les témoins de cet amour divin qui féconde les temps et les personnes. La paternité est un véritable « service ». Dans l’Eglise, elle revêt la noblesse d’un ministère à part entière, confirmé par la grâce sacramentelle. Servir Dieu Notre Seigneur et par là sauver son âme : cette phrase d’une antique tradition acquiert une actualité étonnante quand on la situe dans l’œuvre des époux. L’acte conjugal est une mission confiée : il se vit dans la promesse du mariage et s’atteste dans la fidélité des jours. La paternité et la maternité sont la reconnaissance joyeuse d’une fécondité à la mesure divine. Les enfants d’un couple sont à la ressemblance de ce couple, et plus encore à l’image du Dieu Créateur et Père. La joie offerte dans l’apparition de la nouveauté d’un être est participation réelle à la joie de Dieu. Toute vie humaine est un don de Dieu en même temps que le fruit d’une donation des époux qui les fait grandir dans leur masculinité et leur féminité. Ils en deviennent père et mère. Le don d’amour les révèle à eux-mêmes, les fait grandir dans ce qu’ils sont. La fécondité ne se réduit pas à la procréation, elle s’ouvre à l’éducation. Elle « s’enrichit de tous les fruits de vie morale, spirituelle et surnaturelle que le père et la mère sont appelés à donner à leurs enfants et, à travers eux, à l’Eglise et au monde » (Familiaris consortio n°28).
Si les traits psychologiques, physiologiques, corporels de la paternité et de la maternité sont distincts dans l’espère humaine, ils se rejoignent dans la qualité morale et spirituelle qu’ils manifestent. L’homme et la femme participent tous deux, en leur personne incarnée, de la paternité divine. Ils en jouissent. Ils en goûtent les exigences et les joies propres. La grâce suscite en eux des traits communs : patience, miséricorde, confiance, humilité, joie devant l’infinie singularité de leurs enfants. L’amour dont ils aiment leurs enfants est l’amour même de Dieu. Ils sont par leurs personnes qui sont « conjointes » dans le temps un vrai « sanctuaire de la vie ». Flux d’un don permanent qui les fait vivre, cet amour comble les parents à la mesure même de leur effacement, de leur abnégation, de leur reconnaissance de l’infini mystère de l’autre qu’est l’enfant, fruit de leurs entrailles. L’enfant est un « signe personnel » du don d’amour de Dieu dans le couple. Il porte l’empreinte du Don absolu qu’est son Créateur et Donateur de vie. Cette empreinte touche corporellement l’union conjugale et l’être parental. L’enfant est toujours un don. Quelles que soient les conditions dans lesquelles s’effectue sa conception, son apparition reste « signe » d’une réalité paternelle. Cette apparition est normalement liée à la « geste » sacramentelle du mariage, car aucune conception ne relève totalement de l’anonymat, de l’inconnu ou du hasard, mais toujours de la puissance créatrice de Dieu et de son Nom : « Père de toute éternité ». Le don qu’est l’enfant appelle toujours une reconnaissance à la mesure de ce qu’il est. L’ecclesia domestica est le lieu privilégié de cet accueil.
Le sacrement de mariage invite « objectivement » tous les parents à considérer leur enfant comme une « image » unique et singulière de Dieu. Cette mission d’engendrer mène à considérer l’enfant non seulement à travers ce qu’ils voient, mais ce qu’ils croient. Les parents sont chemin d’Eglise, chemin de foi : « Devenus père et mère, les époux découvrent avec émerveillement, aux fonts baptismaux, que leur enfant est dès lors enfant de Dieu, « rené de l’eau et de l’Esprit » (Jn 3,5), et qu’il leur est confié pour qu’ils veillent certes sur sa croissance physique et morale, mais aussi sur l’éclosion et l’épanouissement en lui de l’ « homme nouveau » (Ep 4,24) » . L’enfant aimé d’une telle manière est « une infinité de mystère et d’amour qui nous éblouirait si nous le voyions face à face » .
L’amour des époux se vit par la foi dans le Dieu de vie. Leur paternité est responsabilité de la paternité même de Dieu. Cet amour va jusqu’à engendrer dans et pour la foi de l’enfant. La transmission de la vie conduit les parents à témoigner et donc à proposer cette vie comme une vie en Dieu et pour Dieu. Ne rendent-ils pas ainsi l’enfant à son Créateur ? Le ministère des parents les conduit à transmettre à leurs enfants la vie même de Dieu, librement et avec confiance, en signe de témoignage rendu. Ainsi toute paternité est-elle à la fois humaine et spirituelle. Elle mène à l’adoption filiale dans la foi. Etre père et mère, c’est abandonner toute maîtrise sur l’enfant de la chair pour l’engendrer dans l’Esprit Saint. Ce chemin mène aux sacrements de l’initiation chrétienne et à la découverte étonnée en chacun des enfants d’une vie personnelle de la foi. La sainteté des parents est à ce prix : s’offrir comme sanctuaire corporel, spirituel, familial d’une vie qui vient d’au-delà d’eux-mêmes et qui retourne à son origine. Ce retour à Dieu est la porte étroite de tout amour purifié, qui s’offre à nouveau à Celui dont il dépend. Ce chemin est de sainteté.
Etre père et mère, c’est en vérité participer de la sainteté même de Dieu. Il ne faut pas chercher ailleurs une voie royale pour s’unir à Lui. Au cœur de toute paternité et de toute maternité, la sainteté brille des feux par lesquels l’homme et la femme se disposent à cet amour parfois vaille que vaille, avec confiance et vaillance, d’un cœur joyeux et courageux. Dans ce cas, la sainteté est toujours celle d’une histoire personnelle, conjugale, familiale dont le Christ est le seul critère vrai. Il en est le Seigneur et le Sauveur.