HENNAUX Jean-Marie, (Le mystère de la vie consacrée. Passion et enfance de Dieu.).

Thursday 31 March 2011
by  Alain Mattheeuws

HENNAUX Jean-Marie, Le mystère de la vie consacrée. Passion et enfance de Dieu. Coll. Vie consacrée 1, Namur, 1992, 155p.

Ancien Directeur de la revue « Vie consacrée », le P. J.-M. Hennaux accompagne la « vie religieuse « depuis longtemps, spécialement au cours de ces dernières années d’aggiornamento conciliaire. Théologien moraliste, son expérience s’est aussi enrichie à travers des responsabilités de formation et de gouvernement : il fut successivement Maître des Novices, Supérieur Provincial en Belgique francophone et Père spirituel de jeunes Jésuites en formation.

La perspective de son livre est théologale : quelles que soient ses modalités d’incarnation, il s’agit de réfléchir la vie consacrée à partir du mystère pascal, de l’Acte du Christ mort et ressuscité. Dans cette lumière le visage de tout « religieux », en communion avec ses frères et\ou sœurs, est un signe de l’eschatologie qui s’accomplit. L’auteur déploie cette perspective pascale en commentant l’Evangile de Jean où le Christ nous affirme avoir tout accompli (Jn 19,13). « Non seulement j’ai été jusqu’au bout de l’amour, mais j’ai tout dit de Dieu « (p.17). « En mourant, Jésus révèle pleinement que sa relation aux biens de ce monde, sa puissance d’aimer et d’être fécond, sa volonté de faire quelque chose ici-bas sont enracinées dans le Père « (p.34). La vie consacrée est participation singulière à cet accomplissement pascal. « Elle est vie ressuscitée, mais dans la forme même qu’a prise l’accomplissement, c’est-à-dire celle de la mort pauvre, chaste et obéissante de Jésus « (p.35). Ce charisme est offert par l’Esprit dans l’Eglise.

La réflexion sur les vœux, la consécration, la mission et les choix apostoliques, est centrée sur la « geste du Christ « qui nous a tout donné pour que nous nous donnions à notre tour. Le lecteur vérifiera cette « unification « du regard et de la pensée particulièrement dans les chapitres consacrés aux vœux et aux sacrements (III à VI). L’Eucharistie et la Réconciliation sont des « expressions de vie intime « du consacré, sur le fondement du baptême et du sacerdoce (commun et ministériel).
Deux points nous semblent devoir retenir l’attention. Tout d’abord la place des personnes consacrées dans le corps de l’Eglise en lien avec la mission des laïcs. L’Acte du Christ est source d’histoire : sa puissance et sa grâce sous-tendent tout le réel et lui donnent « sens « , plus particulièrement à l’histoire des hommes et à leur travail, et à la condition du laïc. Par ailleurs, la Pâque du Christ est source et fin de toute consécration du monde. Les religieux « anticipent simplement, par grâce, « ce qui est la grâce de tous « » (p.39). Il y a une relation vitale et de promotion mutuelle des deux vocations : l’une authentifie et purifie l’autre.
Soulignons ensuite l’originalité de la réflexion de l’auteur à propos de « l’enfance « comme « plénitude à laquelle nous sommes tous appelés à communier « (p.47). La vie religieuse comme « signe eschatologique « et accomplissement de l’Acte du Christ, est une « restauration de l’enfance ».

La contemplation des mystères du Christ-Enfant nous dit quelque chose d’éternel : éternelle génération du Verbe, fécondité inaltérable de l’amour divin, jeunesse intarissable, vie dans son jaillissement de gratuité. Le religieux témoigne de la pureté de l’enfance et de l’innocence du Dieu Enfant. Il ouvre ce chemin à ses frères. Ce même mystère sera « crucifié « dans la chair et célébré chaque jour dans l’offrande personnelle de lui-même : « Passion et Enfance de Dieu « se conjoignent dans une vie livrée. Dans un raccourci empreint de profondeur (VII et VIII), l’auteur nous conduit ensuite amicalement sur les pas de Thérèse de Lisieux pour admirer sa vie et son message. Avec elle, nous sommes invités à contempler l’Amour et à nous y « exercer « en suivant aussi la méthode spirituelle d’Ignace de Loyola. Ces deux figures emblématiques de la vie religieuse sont réunies pour témoigner de la passion d’amour qui les dévore et de l’humilité d’enfant qui les fait vivre.

Certes, - l’auteur lui-même le signale au début de son écrit - ce livre est axé avant tout sur l’aspect personnel de la vie consacrée ; on peut regretter que la dimension communautaire n’ait pas été abordée, ni non plus les implications institutionnelles du charisme de chaque Institut. Mais en cette période de préparation au Synode sur la vie consacrée, il nous semble que l’apport théologique de cet ouvrage est une contribution fondamentale à cette future assemblée ecclésiale.

A. Mattheeuws S.J.