PELLETIER G. (éd.), Le cardinal Lustiger et le sacerdoce

samedi 28 janvier 2012
par  Alain Mattheeuws

PELLETIER G. (éd.), Le cardinal Lustiger et le sacerdoce, Coll. Cours, Colloques, conférences des Bernardins 20, ouvrage collectif, Collège des Bernardins/ Lethielleux/ Parole et Silence, 2011, 311 p., dans NRT 134/1 (2012) 156-157.

Les réflexions et les décisions du C. Lustiger ne sont pas qu’« œuvres du passé ». Nous en vivons encore. Il reste à les approfondir et à leur donner toute leur amplitude. Deux colloques ont précédé celui-ci : Le Cardinal républicain (2010) et L’Europe à venir (2010). Il fallait aussi un (ou plusieurs ?) colloques sur l’une des priorités de sa prière et de son action : Le sacerdoce. Cette thématique n’est pas périphérique dans sa vie ni dans la vie de l’Eglise. Le sacerdoce est au carrefour de la vie sacramentelle et ecclésiale des chrétiens. Pour ce qui concerne le rapport Eglise/Monde, les prêtres ont à se situer de manière différente dans une société multiculturelle et sécularisée. L’action du C. Lustiger eut un caractère « prophétique » qu’il est nécessaire de mieux comprendre aujourd’hui, alors que les interprétations de l’identité sacerdotale sont non seulement différentes mais divergent de plus en plus. Les initiatives (genèse et enjeux) du C. Lustiger sont présentées et réfléchies par des témoins proches et par des auteurs de qualité : Maison Saint-Augustin (Mgr E. Aumônier), Séminaire de Paris, Ecole Cathédrale, Faculté de Théologie Notre-Dame (P. F. Louzeau), Fraternité Missionnaire des Prêtres pour la Ville (Mgr J.-Y. Nahmias). Ces fondations et les « paroles » qui les accompagnaient donnent encore à penser. En ce sens, ces actes représentent un carrefour incontournable pour ceux qui désirent prendre la mesure des enjeux du sacerdoce et de la formation aujourd’hui.
Les divers intervenants se sont attachés à mettre en évidence l’importance de la Parole de Dieu, ordonnée à la vie et au ministère du prêtre, à la mission de l’Eglise (P. F. Louzeau et P. R. Tardy). L’itinéraire du Cardinal lui-même fut marqué par des figures sacerdotales qu’il était bon de présenter (G. Pelletier). La prédication de Lustiger n’a jamais laissé indifférent : l’analyse d’A.-M. Pelletier en souligne des points décisifs de même que la finesse et l’audace de l’homme en « état de parole ». Ses homélies de « circonstances », en lien avec un don personnel et un souci culturel évidents, étaient pleines de richesses spirituelles et humaines. L’analyse de ce qu’il disait aux prêtres qu’il ordonnait (P. M. Gueguen) n’est pas qu’un programme, mais comme une parole « performative » liée souvent aux apôtres (saints Pierre et Paul) fêtés lors des ordinations. L’évocation de la mission épiscopale (Mgr. P. d’Ornellas) comme « veilleur » nous place loin d’une fonction administrative ou d’autorité. Ces enjeux dépassent la personne du C. Lustiger et les lecteurs, mais la lecture nous rend participants d’un combat spirituel étonnant sur l’identité du sacerdoce, et depuis le dernier Concile, sur le lien entre le peuple sacerdotal et ses prêtres (Mgr E. de Moulins Beaufort).
Nous ne pouvons rendre égale justice à toutes les interventions qui sont de qualité. N’oublions cependant pas le lien fraternel et spirituel qui unissait dans le même sacrement partagé Jean-Paul II et le C. Lustiger (P. V. Guibert). Son attachement au « charisme ignatien » dépasse les affinités personnelles et spirituelles pour rejoindre la thématique centrale du Peuple de Dieu : l’élection reste une clé herméneutique décisive pour comprendre la foi du baptisé et surtout sa manière de répondre au Seigneur dans l’histoire telle qu’elle est (P. T. Lievens s.J.). En ce sens, la libre dynamique des vertus baptismales et sacerdotales est d’une actualité historique décisive pour qui sait voir et dépasser les clichés affectifs, diocésains et religieux. Les auteurs manifestent leur admiration et leur compréhension des « enjeux », des « carrefours » où la liberté chrétienne du Cardinal s’est engagée à sa manière et dans le temps qui était le sien. Quelques références et textes en annexe sont offerts comme en surcroît pour ceux et celles qui seront amenés à approfondir encore cette abondante matière. Les interventions de Mgr Charles-J. Chaput et du Cardinal A. Vingt-Trois manifestent le rayonnement international et national d’une personnalité, marquée par son origine, transformée par l’onction sacerdotale et épiscopale, désireuse de se mettre au service d’une Eglise aimée et servie par toutes les forces de l’intelligence, de la parole, des sacrements reçus et donnés. Si la matière des actes est abondante, elle nous indique également qu’elle n’est pas épuisée et que d’autres recherches et initiatives restent à promouvoir avec les témoins qui n’ont pas encore pu parler et des générations qui n’ont pas connu cette personnalité forte.

P. A. Mattheeuws s.J.