Homélie de la maison des familles, le 20 janvier 2013

mardi 2 juillet 2013
par  Alain Mattheeuws

Homélie de la Maison des familles (le 20 janvier 2013)

Textes commentés :
- Les noces de Dieu et son peuple, Is 62, 1-5
- Diversité des charismes dans l’unité, 1 Co 12, 4-11
- Les noces de Cana, Jn 2, 1-11

On t’appellera d’un nom nouveau, donné par le Seigneur lui-même. Tu seras une couronne resplendissante entre les doigts du Seigneur, un diadème royal dans la main de ton Dieu. Cette nouveauté est un don du Seigneur : c’est une nouvelle création, une grâce offerte à Jérusalem, à l’Eglise, à tout chrétien et particulièrement à chaque couple en particulier qui représente comme une « petite église ». Là où se trouve le doute ou l’échec, la misère morale et le péché, le Seigneur affirme qu’il fonde, enracine, crée, construit à « neuf ». La terre déserte se nommera « ma préférée » et « mon épouse ». « Comme la jeune mariée est la joie de son mari, ainsi tu seras la joie de ton Dieu ». Ces paroles du vieux prophète Isaïe sont pleines d’espérance : elles expriment aussi le mode d’agir de Dieu : faire toutes choses nouvelles.
Une loi spirituelle est énoncée aussi : Dieu agit dans l’histoire et il est le seul à « libérer » toutes les forces de l’amour. Il est capable de sauver l’amour dans le temps qui est le nôtre. La grâce divine ne fait pas abstraction de notre histoire et de notre nature, mais elle est capable de les transformer à tout moment. Quand on parle de miracle, on pense trop à des choses merveilleuses et physiques : le miracle, c’est l’action de la grâce en nous. Cette grâce à tout instant de nos vies peut tout changer. Notre regard sur la réalité de nos vies chrétiennes, de nos vies de couple et de famille, devrait changer. Nous réfléchissons souvent à partir de ce qui ne va pas, de nos échecs, de notre impuissance. Nous réfléchissons à partir de la pauvreté de nos moyens : et il est vrai que nous sommes limités. Mais nous devrions plus – dans cette année de la foi- réfléchir et agir à partir de la puissance divine qui peut tout : le Seigneur est le maître du temps et de l’espace. Est-il vraiment le maître de nos vies ? Le maître de notre amour : celui qui lui donne tout son sens ?
Cette puissance est à l’œuvre dans les personnes, dans les familles, dans l’Eglise. Mais Dieu n’agit pas de manière uniforme. Comme des parents ne traitent jamais leurs enfants de manière uniforme. La justice passe par des éléments communs, mais l’amour se dit et se reconnaît dans l’acceptation de la différence : différence homme-femme, différence générationnelle, différence des dons. « Les dons de la grâce sont variés, mais c’est toujours le même Esprit ». Qu’il nous est difficile de reconnaître et d’observer cette variété de dons en nous et parmi nos proches. Qu’il nous est difficile de reconnaître aussi qu’ils viennent de l’Esprit de Dieu. Dieu ne peut pas produire dans le temps les mêmes modèles. Ils créent toujours « nouveau » et le temps qui passe n’est pas pour Lui un obstacle. « Il distribue ses dons à chacun, selon sa volonté ». Cela nous surprend, mais dès que nous nous abandonnons à ce type d’action de Dieu, quel bonheur, quelle joie. Car les jours ne se ressemblent pas dans l’amour. Les saisons qui reviennent sont différentes et chargées de fruits qui ne se ressemblent pas. Et Paul nous indique la qualité spirituelle de ces dons de l’Esprit et combien ils visent le bien de tous : la sagesse de Dieu, le langage de la connaissance de Dieu, le don de la foi, le pouvoir de guérison, de faire des miracles, de prophétie, de reconnaître ce qui vient de Dieu. Au fond, tout cela nous pouvons le vivre dans le sacrement de mariage. Il nous suffit d’y aspirer, de reconnaître ces dons et de les interpréter. C’est souvent dans la manière d’interpréter leur vécu que les chrétiens mariés peuvent affirmer leur différence et comprendre la profondeur de la grâce reçue et vécue dans les temps de couple. De chaque cellule d’église, Dieu prend soin, confie une mission, attend un fruit particulier puisqu’il vous a offert une grande variété de dons.
A cette lumière, nous comprenons la portée du premier miracle du Christ. En quelques heures, le jour de la noce, il enseigne aux époux, à ses apôtres et à nous-mêmes l’essentiel de l’amour. Ce que comprend sa Mère de manière immédiate, et dans la confiance, puisqu’elle dit aux serviteurs : Faites tout ce qu’il vous dira. Nous pouvons le comprendre aussi, parfois, il nous faut plus de temps. A Dieu rien n’est impossible. Dieu est le sauveur et il prend soin de tout : de notre âme, mais aussi du vin des noces ; de nos joies auxquelles il participe, mais aussi de nos peines, inquiétudes et échecs. Rien n’échappe à son action : nos corps, nos relations, nos désirs. Et si nous ressentons le poids de nos limites, de nos pauvretés, de nos faiblesses, du « vin qui vient à manquer » ou « qui change de goût », nous pouvons lui en parler. Et Jésus ne fait pas de petits comptes : les cuves remplies d’eau n’étaient pas de petites bouteilles en plastic. Quand Dieu agit, il donne et crée dans l’abondance. Et l’eau changée en vin est meilleure que le premier vin. « Toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant ». L’aujourd’hui de Dieu, son action dans le présent, est toujours la meilleure pour notre couple, pour nos décisions, pour notre cœur. Les regrets du passé s’effacent lorsqu’on reconnaît le don de Dieu. Les appréhensions du futur n’ont pas de consistance quand on boit le vin nouveau. Le vin nouveau, c’est la création de Dieu pour nous dans le présent de nos vies. Elle dépasse toute espérance et tous nos désirs. Aspirez à ce vin nouveau, c’est se coller à la grâce du sacrement de mariage et croire que Dieu peut tout. Il nous offre ce dont nous avons besoin : il nous donne ses dons. Il se donne lui-même. Il se donne à l’époux, à l’épouse, aux enfants. Il se donne au couple comme couple car celui qui croit le plus au présent et à l’avenir de votre couple, c’est Jésus lui-même.