SESBOÜE B., L’Esprit sans visage et sans voix. Brève histoire de la théologie du Saint-Esprit, Paris, Desclée de Brouwer, 2009.

vendredi 11 octobre 2013
par  Alain Mattheeuws

SESBOÜE B., L’Esprit sans visage et sans voix. Brève histoire de la théologie du Saint-Esprit, Paris, Desclée de Brouwer, 2009.

SESBOUË B., L’Esprit sans visage et sans voix. Brève histoire de la théologie du Saint-Esprit, Paris, DDB, 2009, 21 x 14, 118 p., dans NRT 135/4 683-684.

La lex orandi n’est pas « indicatrice » de la personnalité de l’Esprit puisque la plupart des oraisons sont adressées au Père et les prières à l’Esprit sont tardives. Dire ce qu’est la « personne » de l’Esprit n’est pas simple : cette difficulté appartient à ce qu’il est et se voit clairement dans l’histoire de la théologie. Ce petit traité nous réconcilie avec les lacunes de l’histoire et de la théologie pour souligner avec finesse et sérieux le caractère éminemment personnel et incontournable de la troisième personne de la Trinité.
L’ordre des trois noms divins est offert dans la Bible ainsi que les traits de l’Esprit (I). Par ailleurs, la tradition ancienne de l’Eglise (II) n’est pas muette : avant le IVe siècle et ensuite avec Athanase, Basile de Césarée, Grégoire de Naziance, Didyme l’Aveugle et Cyrille, on trouve le terme de personne appliquée déjà à l’Esprit, mais de manière analogique. Le chapitre III nous plonge avec précision dans la querelle sur la procession de l’Esprit « du Père et du Fils ». Une avancée œcuménique est indiquée et la terminologie de « personne » reste encore discutée.

Ce qui est offert de la théologie récente est bien stimulant, surtout pour l’Eglise d’aujourd’hui traversée de renouveaux en tout genre. L’auteur en effet nous présente avec le sérieux et l’immense culture qui le caractérisent, les pensées sur l’Esprit Saint de H. Mühlen, d’Y. Congar, de L. Bouyer, de K. Rahner, de H.U. von Balthasar, de F.-X. Durrwel. Comme « personne en de nombreuses personnes », comme « Don », « Consolateur », « présence transcendantale », « exégète » de Dieu, « engendrement », les traits de l’Esprit nous montrent à la fois sa richesse, son action dans les cœurs, l’histoire des hommes, l’Eglise, le monde. Quel itinéraire ! L’originalité de l’Esprit tient dans ce caractère personnel que la pensée ne parvient pas à dessiner de manière parfaite. Ainsi n’est-ce pas par défaut que nous le désignons : « l’absence de visage et d’une parole qui vienne proprement de lui, des symboles objectifs et tirés de la nature pour le désigner et d’une certaine manière le décrire » (p.106) ne dise pas un défaut, mais une richesse toujours à approfondir. « L’Esprit est le don de Dieu en nous qui nous permet de les (Père et Fils) confesser comme Père et Seigneur » (p.107). Ainsi est-il vie pour l’Eglise, le monde, les personnes.

Ce livre est précieux, autant que précis sur la question délicate de la personne de l’Esprit. Il aidera de nombreux chrétiens à saisir une part du mystère trinitaire et à unifier leur intelligence croyante. La question théologique posée, en regard de l’histoire, montre l’actualité historique de cette problématique.

A. Mattheeuws s.J.