GILBERT G., Le couple. Comment réussir la grande aventure de l’amour, Paris, éd. Philippe Rey, 2012.

vendredi 11 octobre 2013
par  Alain Mattheeuws

GILBERT G., Le couple. Comment réussir la grande aventure de l’amour, Paris, éd. Philippe Rey, 2012.

GILBERT G., Le couple. Comment réussir la grande aventure de l’amour, Paris, éd. Philippe Rey, 2012.

On attend avec curiosité la réflexion et le langage de l’auteur sur un thème délicat pour la société et pour l’Eglise. Et le lecteur ne sera pas déçu ! Le livre n’est cependant pas un manuel du sacrement : il est court, accessible, sensible aux formules fortes et directes. Trois pages de conseils (p.88-90) formulent à la fin une sagesse de vie qui donne à réfléchir. Pastoralement, il sera utile pour démythologiser les ambiguïtés de l’amour et ramener les processus d’idéalisation des diverses situations au réalisme de la vie ordinaire : avec ses joies, ses échecs, ses blessures. Même et surtout si 45 % des mariages se soldent par un divorce, l’amour rime avec toujours (la puissance de la fidélité, p.50).
Son histoire personnelle et familiale permet à l’auteur de reparler d’une fidélité ferme, promise, en lien avec Dieu. Se préparer au mariage est un bon investissement : à ne pas confondre avec l’amour passion. Le lien entre l’amour et le corps est décrit avec netteté : il faut respecter le corps et le cœur. Le sexe n’est pas de la « viande » (p.17) mais un « don » : la sexualité est mystère. La vie de couple suppose un dialogue, du pardon, un savoir-faire dans l’humour, l’écoute, l’échange. Vivre ensemble, avoir des enfants, être fidèle : trois axes d’un engagement de l’homme et de la femme.
Le chapitre « pourquoi le mariage » traite des conditions et des effets du sacrement. Les contradictions pastorales des chrétiens et les difficultés de la mission du prêtre ne sont pas esquivées. Ne faut-il pas rappeler aujourd’hui l’importance de la fidélité « à vie » et d’une préparation d’au moins un an ? Ne faut-il pas évoquer avec réalisme que le mariage est toujours un acte de liberté qui comporte un risque ? La patience nécessaire, la souffrance à traverser, le réalisme de la situation des familles au sens large sont clairement mis en évidence. Des imprécisions théologiques demeurent malheureusement dans le texte. Une solution pastorale est évoquée : une bénédiction sans sacrement. En face de G. Gilbert, l’ambiguïté n’est pas de mise, mais cette attitude pastorale ne nous semble pas universalisable.
Les blessés de l’amour ne sont pas oubliés. Il convient que l’Eglise soit proche d’eux et ait un langage d’accueil. Mais évitons, dit l’auteur, d’idéaliser les « échecs » : il vaut mieux les prévenir par une préparation sérieuse. Pourquoi tant étudier pour se préparer à la vie professionnelle et consacrer si peu de temps à préparer son mariage ? Pourquoi évacuer la souffrance des enfants avec tant de légèreté ? Ne sont-ils pas les premières victimes ? Les divorces sont une plaie ouverte au cœur de l’Eglise et l’eucharistie n’est pas une récompense ! Mais comment vivre jusqu’au bout la miséricorde sacramentelle : la piste orthodoxe est soulignée. Et les reconnaissances en nullité (attention : ne pas parler d’annulation de mariage !) sont évoquées avec justesse.
Un amour de « vieux » est une fontaine de jouvence pour ceux qui cherchent la clé du mystère et la réussite d’une relation dont notre société peine à retrouver le sens et à fortifier la réalisation. Dans la fidélité des vieux époux, leur silence et la contemplation de leurs gestes, les jeunes peuvent découvrir l’espérance de leur propre engagement. Le livre est un témoignage et une aide précieuse à la réflexion pastorale.
Alain Mattheeuws s.J.