CANTALAMESSA R., Eros et Agapè. Les deux visages de l’amour, éd. des Béatitudes, 2012, 102 p.

vendredi 11 octobre 2013
par  Alain Mattheeuws

CANTALAMESSA R., Eros et Agapè. Les deux visages de l’amour, éd. des Béatitudes, 2012, 102 p.

CANTALAMESSA R., Eros et Agapè. Les deux visages de l’amour, éd. des Béatitudes, 2012, 102 p.

« L’amour humain est une perle entre deux coquilles » (p.9) : c’est pour attester cette belle image que l’auteur nous offre une réflexion sur Éros et Agapè et ramener dans l’unité les diverses expressions et expériences que nous faisons de l’amour en notre corps sexué. La beauté de l’idéal chrétien réside dans la réconciliation et l’unification des deux formes de l’amour, tel que Benoit XVI a cherché à le faire dans Deus caritas est et dans Caritas in veritate. Ces méditations ont été offertes à la Maison Pontifical au cours du Carême 2011. Le dernier chapitre est l’homélie prononcée le vendredi saint à la Basilique saint Pierre.
Le c.1 pose le problème dans le sillage de Deus caritas est : il n’y a pas incompatibilité entre Éros et Agapè. Revenons, de manière originale et contemporaine, à une synthèse classique. Le Christ est le premier objet humain de l’Éros : ce dernier se purifie et donne sa lumière par Lui. « Ne rien placer avant l’amour du Christ », dit saint Benoit. Par l’Esprit, il s’agit d’aimer Dieu d’un amour ardent. Le c. 2 montre de diverses manières comment Dieu fait le premier pas vers l’homme et attend une réponse d’Alliance, faite d’Éros et d’Agapè. « Dieu désire l’homme ». Dieu meut le monde en tant qu’Il l’aime (p.30). Cet amour-désir est premier, dans l’éternité, dans la création, dans la révélation, dans l’incarnation : il va jusqu’au bout, ç.-à.-d. jusqu’au don de soi à la croix et nous pousse à répondre : « Nous avons cru à l’amour de Dieu pour nous » (1 Jn 4,16).
Le c.3 unifie l’amour du prochain, l’amour de soi et l’amour de Dieu. Paul et Jean s’emploient à déployer les harmoniques d’un amour sans feinte (Rm 12,9) : un commandement nouveau, libre réponse de l’homme en son corps sexué, et qui invite à aimer sans défaillance, « d’un cœur pur » (p.57). « Aimer sincèrement signifie aimer à cette profondeur, là où tu ne peux plus mentir, car tu es seul face à toi-même, seul devant le miroir de ta conscience, sous le regard de Dieu » (p.59). L’hymne à la charité (1 Co 13,4-7) est pleine d’élan : elle est l’horizon de tout examen de conscience. Le c.4 essaie d’unifier les effets de l’amour au champ social : entre théologie libérale et dialectique, quel peut être l’exercice de la charité ? C’est l’occasion de situer les enjeux de la doctrine sociale de l’Eglise. L’auteur indique l’originalité, en lien avec les deux commandements, des encycliques sociales des papes ; et termine en montrant la vrai condition de serviteur du Christ, et à sa suite de ses disciples. Il est venu pour servir et non pour être servi (Mc 10,43-45).
Ce livret est synthétique. Bien écrit et traduit, il rappelle fort à propos les accents de l’enseignement de Benoît sur l’amour et montre la cohérence de l’enseignement ecclésial. Il se termine sur une belle méditation sur l’amour du Christ qui va jusqu’au bout et donne sa vie pour tous les hommes sur la Croix (c.5). Aimer, c’est faire le premier pas et continuer à marcher vers ceux qui sont encore « nos ennemis ». A la Croix, s’unifient Éros et Agapè dans le cœur innocent qui souffre et s’offre par amour.

Alain Mattheeuws s.J.