BEGUERIE Ph. et BEZANCON Jean-Noël, La messe de Paul VI. Retour au cœur de la Tradition

mardi 6 mai 2014
par  Alain Mattheeuws

BEGUERIE Ph. et BEZANCON Jean-Noël, La messe de Paul VI. Retour au cœur de la Tradition, Paris, Desclée de Brouwer, 2012, 11 x 17, 174 p, dans NRT 136/2 (2014) 295-296.

« La Tradition, étymologiquement, ce n’est pas la conservation par congélation, c’est la transmission : elle ne peut être que vivante » (p.11). A 50 ans du Concile, il est bon de revenir à ce qui « coule de source » et à la pratique de cette liturgie de la messe que l’Eglise catholique d’Occident, sous l’autorité de Paul VI, a restaurée dans sa beauté et sa simplicité originelles. L’option des auteurs est de « savourer ce cadeau du Saint-Esprit » (p.12). Ce livre peut certainement aider ceux et celles qui ne connaissent pas l’histoire de l’Eglise ou qui ne voient pas la portée des arguments symboliques et sacramentaires, à apprécier les véritables enjeux de ce que vit l’Eglise dans la célébration des saints mystères. Les deux auteurs ont une large expérience pastorale, théologique et d’enseignement. Ce livre à deux voix apporte les nuances nécessaires pour mieux comprendre les évolutions dans ce domaine si délicat et si conflictuel qu’est la liturgie eucharistique en milieu francophone.
La première partie décrit la messe « aujourd’hui », donne le vocabulaire et souligne quelques éléments neufs. Ensuite, - et c’est à la fois le plus utile et le plus original – sont décrites les « sources du renouvellement » (la Constitution sur la liturgie, l’intention des Pères conciliaires, le mouvement liturgique, la christologie, la redécouverte des racines juives, et l’interprétation du « sacrifice de louange »). On aboutit au rituel restauré (partie III) où une belle réflexion est offerte sur le lien avec la Parole de Dieu et le sens profond de la prière eucharistique. Les enjeux théologiques et pastoraux sont décrits dans la partie IV : sans être exhaustive ni développée en traités, l’accent est mis sur la personne de l’Esprit Saint, le lien entre Eucharistie et Trinité, la problématique du repas et du sacrifice, l’importance œcuménique de cette réforme liturgique.
« Pour la gloire de Dieu et le salut du monde » : la conclusion synthétique nous permet de saisir à nouveau l’intention de Paul VI. N’était-elle pas de rapprocher la messe de ses origines : racines bibliques et horizon de louange de la tradition juive, accès pour tous à la richesse de la Parole de Dieu et à ses commentaires patristiques, prise de conscience plus permanente non pas d’un sacré « tremendum », mais de la présence sacrée de l’Esprit Saint. En voyant ainsi l’Esprit à l’œuvre et nous dire ainsi la lex orandi, nous pourrons croître comme « corps de louange » et nous laisser « diviniser ». C’est alors que l’Orient et l’Occident, comme les deux poumons d’une seule Eglise, pourront aider le corps mystique de l’Eglise à respirer un milieu divin ouvert à l’action historique de Dieu dans notre monde d’aujourd’hui.

A. Mattheeuws s.J. dans NRT 136/2 (2014) 295-296