BIANCHI E., Paroles du Seigneur. Sacerdoce, Parole de Dieu et liturgie, Paris, Ad Solem, 2011, 120 p., dans {NRT } 134/3 (2012) 479-481.

mercredi 15 octobre 2014
par  Alain Mattheeuws

BIANCHI E., Paroles du Seigneur. Sacerdoce, Parole de Dieu et liturgie, Paris, Ad Solem, 2011, 120 p., dans NRT 134/3 (2012) 479-481.
Ce petit recueil est une perle précieuse pour tous les baptisés, mais particulièrement les prêtres et les formateurs en terre francophone. Avec amitié, ce moine laïc, fondateur d’une communauté œcuménique, rassemble ses réflexions sur certains aspects du ministère sacerdotal et ses commentaires publics des 6 dernières années. Ces « ouvertures » s’articulent sur le rapport à la Parole de Dieu et la Célébration eucharistique. Une lettre affectueuse (I), « Comment célébrer la messe », est le portique du livret. L’insistance sur la vérité de la liturgie et de tout acte sacramentel est forte : « Je voudrais te livrer une seule parole : prie la messe ». C’était déjà le conseil de Pie X à tous les fidèles !
Dans la ligne du Synode sur l’Eucharistie (2005) et de l’exhortation apostolique Sacramentum caritatis, les deux chapitres qui suivent cette lettre commentent la liturgie de la Parole et de l’Eucharistie. Ces deux parties « forment une seule action, et c’est le même pain de vie qui est offert à la table de la Parole de Dieu et du corps du Christ, comme aliment pour l’assemblée (p.115) Il y a un ars celebrandi qui « est un acte du culte unique et uni » (p.115) : il manifeste la puissance de l’Esprit qui « parle » au prêtre et par celui-ci (la présidence), et qui « parle » aussi à la communauté rassemblée.
La deuxième partie (II), « la Parole de Dieu et le prêtre », souligne de manière suggestive combien le prêtre est « confié à la Parole » pour en être en vérité « le ministre » (Ac 6,4). Cette belle méditation nous atteste l’importance de l’écoute et de la réalisation de cette Parole dans la vie du prêtre. Unifiant les apports de l’Ancienne et de la Nouvelle Alliance, des textes des Pères, des papes récents, E. Bianchi nous offre des lumières sur cette Parole : vie de prédication à des communautés précises, prédication passionnée et animée des vertus théologales (Dt 8,3 ; Ep 6,19). Deux convictions animent ses brefs propos : le prêtre est un disciple du Seigneur, un « envoyé » auprès d’une communauté et auprès des hommes. Sa spiritualité « naît de ce qu’il est, de ce qu’il dit, de ce qu’il fait en tant que prêtre dans l’Eglise de Dieu. (…) Il nourrit sa vie spirituelle de tout ce qu’il opère en tant que prêtre » (p.42). C’est ainsi qu’il sera doté d’exousia.
La troisième partie (III) traite de l’eucharistie et du prêtre. Il s’agit de situer deux sacrements l’un vis-à-vis de l’autre et de marquer l’importance ecclésiale de la présidence de toute eucharistie par le prêtre (l’a. ne parle malheureusement pas des « concélébrations » !). C’est à partir de l’eucharistie que le prêtre trouve et fortifie son identité spirituelle. Son visage est façonné dans la célébration « qui est œuvre de toute l’assemblée ». De plus, rappel est donné d’un principe toujours actuel : « La liturgie (lex orandi) ne ratifie pas seulement la foi (lex credendi), mais elle devient également inspiration de vie (lex vivendi) (p.88). Cette « art » de célébrer est décisif car il est un « service rendu à l’édification duc corps du Christ comme temple saint » (p.93) : « Les participants à la célébration doivent donc en apprendre la grammaire et la syntaxe propres, de manière à entrer dans la dynamique toujours orientée par le principe « per visibilia ad invisibilia » (p.95). Dans ce contexte, le prêtre est appelé à prendre conscience de manière adéquate qu’il « fait signe » (p.97) et que son « moi » est intégré au corps du Christ pour la communion. Après avoir évoqué de manière lumineuse ce qu’est le service de la « beauté » dans la liturgie (p.106), l’a. traite brièvement des « abus liturgiques ». L’angle de vue est original et italien. Il donne à penser et reflète l’expérience d’un homme qui a fréquenté durant 20 ans la messe « dite selon le Missel de saint Pie V ». Il met en exergue les tentations actuelles dans l’ars celebrandi : le protagonisme et l’exhibitionnisme, l’hiératisme et l’ésotérisme.
Avec l’auteur, concluons : « Comment recouvrer le véritable esprit de la liturgie ? En célébrant la forme ordinaire de l’Eucharistie « dans la crainte de Dieu, dans l’adoration qui est la condition essentielle pour louer, rendre grâce, prier notre Dieu, et dans la certitude que la liturgie contient la plus grande force en vue de l’évangélisation » » (p.11).

Alain Mattheeuws s.J.