LAFITTE J. Mgr. ? Tolérance intolérante ? Petite histoire de l’objection de conscience

mercredi 15 octobre 2014
par  Alain Mattheeuws

LAFITTE J. Mgr. ? Tolérance intolérante ? Petite histoire de l’objection de conscience, Paris, éd. de l’Emmanuel, 2010, dans NRT 134/2 (2012) 320-321.
Ce livret reprend le discours prononcé lors de la XIIIè Assemblée Générale de l’Académie Pontificale pour la Vie (15 mars 2007) et publié dans les Actes de cette Assemblée. Il est heureux que cette réflexion puisse, sous cette forme nouvelle, atteindre un plus large public car son actualité thématique ne se dément pas. Dans les débats de société, les hésitations de la conscience humaine, les confrontations avec des choix délicats et complexes en bioéthique, cette histoire de l’objection de conscience donnera une lumière « certaine » à ceux et celles qui réfléchissent leurs actions.
Refuser d’obéir à une loi civile jugée injuste en conscience, semble avoir toujours existé. La pédagogie de l’auteur nous permet de faire mémoire, tout en l’actualisant, de nombreux exemples : Socrate, le face-à-face de Créon et d’Antigone, Sénèque, la liberté spirituelle des croyants dans l’antiquité, les témoignages de saint Phileas et de saint Cyprien, la doctrine de la Lettre à Diognète, la cohérence de vie de Thomas More. Les enjeux sont admirablement mis en lumière. J. Ratzinger n’avait-il pas écrit : « Choisir de ne pas faire est aussi un acte moral, à l’objet bien défini : objecter, c’est accomplir une action de refus, en raison de convictions suffisamment importantes pour qu’elles puissent être référées à la conscience personnelle » ? La conscience humaine n’a pas une autonomie absolue, mais elle « vit » d’autres lois que les lois écrites, civiles ou positives.
L’objectif de l’auteur dépasse le simple rappel historique pour affirmer un véritable droit à l’objection de conscience dans un contexte nouveau qui a sécularisé ce statut de l’objection à partir de concept de tolérance. Et il montre fort à propos que « la société idéologiquement tolérante ne peut tolérer l’objection de conscience, car celle-ci échappe par quelque manière à son empire » (p.11). Si cette tolérance idéologique s’impose à tous, c’est qu’elle est d’essence politique et non pas morale. Il convient de la mettre en évidence, de la dénoncer et d’éviter qu’elle n’exerce une violence totalitaire. Tel est le paradoxe. L’a. l’explicite à travers la genèse de l’objection au service militaire : il en montre son fondement mais également ses ambigüités dans les états modernes. Car le statut des objecteurs peut être fondé sur des valeurs radicalement différentes et parfois peu éthiques. Mais c’est dans le domaine de la santé que l’objection est le plus mise à mal, surtout autour de la dépénalisation ou de la légalisation de l’avortement. Par ailleurs quand la vie humaine personnelle est en jeu, la consistance morale objective de l’objection grandit ! Elle se pose principalement à deux niveaux : celui des professions de santé et celui des hommes politiques. L’analyse de la situation en France est éclairante et atteste la thèse de l’a. : l’avortement est devenu un « bien » juridique et toute entrave à ce droit en vient à être sanctionnée. « Une société tolérante ne peut tolérer que s’exerce en son sein un droit d’objection de conscience, car elle n’est plus en mesure d’accepter en les honorant les valeurs supérieures qui s’expriment en son sein ». Dès lors, les valeurs ne sont plus que « consensuelles », portées par une morale de situation ou une culture qui ne comprend plus ses racines ou en développent d’autres, plus aériennes. Ces valeurs paradoxalement « démocratiques » en arrivent à être « mortifères ».

P. A. Mattheeuws s.J.