FLIPO G-E., Les fiançailles. Un chemin vers un amour durable

mercredi 15 octobre 2014
par  Alain Mattheeuws

FLIPO G-E., Les fiançailles. Un chemin vers un amour durable, Paris, MediasPaul, 2010, 85 p., dans NRT 134/2 (2012) 319-320.

Dans un style à la fois sobre et ferme, ce livre offre un parcours réflexif très cohérent sur la vérité de l’amour humain, la préparation au mariage, l’illusion de certaines options culturelles contemporaines. Il est le reflet aussi d’un souci parental de partager aux nouvelles générations une « tradition » concernant l’amour et ses expressions de tendresse. « Comment leur dire combien il est nécessaire de se donner d’abord le temps d’acquérir une réelle maturité spirituelle et affective, indispensable à la formation d’un couple durable, harmonieux et comblant ? » (p.5). La composante « temps » n’est pas oubliée mais clairement mise en évidence. Nous savons qu’elle n’est pas facile à intégrer dans le développement relationnel et sexuel des jeunes, mais la persévérance, la maîtrise de soi, la confiance ne surgissent pas de « rien » et ne naissent pas si spontanément ! Toute l’œuvre éducative est ainsi soulignée avec finesse. Que la période avant un engagement définitif soit marquée de ces éléments ne devrait pas surprendre. Et pourtant ! La réalité est souvent différente : l’a. développe longuement la symbolique des amours de jeunesse et de la cohabitation juvénile pour en souligner les apories et les faiblesses. Le passage concernant la « solitude » des jeunes et leur « quête de tendresse » nous semble très éclairant (p.29-31). Cette dénonciation n’est qu’un premier pas : on lira avec goût le contenu des « fiançailles » proposées ce carme enseignant. Le contraste avec la cohabitation n’en apparaît que plus fort et peut faire souffrir certains lecteurs. Ce qui sous-tend la réflexion est la valeur propre de l’engagement du mariage et ses conditions de possibilité. Se marier n’est pas propre aux chrétiens, mais les baptisés sont appelés à s’engager comme le Christ s’engage avec et pour eux. Ainsi est mis en lumière le caractère de la liberté spirituelle de ceux et celles qui se marient. Ce sacrement n’est pas une coutume. Il est un défi : la liberté est comme au creuset de la nature et de la grâce. D’où l’importance des actes qui nous portent vers le bien : des « habitudes » qui rendent « réaliste » une telle œuvre d’amour. Les dernières pages sont suggestives et ne laissent pas le lecteur tomber dans l’idéalisme car il s’agit de « ne jamais s’avouer vaincu », de « prévoir et de bien mener son combat », de ne pas vivre ce combat seul mais avec le Christ et dans l’Eglise. Cette insistance sur ce combat spirituel dans le chemin conjugal et familial ne doit pas décourager : elle montre la profondeur de l’espérance qui anime tous ceux qui voient des jeunes s’approcher de ce sacrement. Il est heureux de voir un Carme rejoindre ainsi la grande tradition des Pères Grecs et de la spiritualité ignatienne.

P. A. Mattheeuws s.J.