Qu’est-ce que l’accompagnement spirituel ?

http://questions.aleteia.org/articles/133/quest-ce-que-laccompagnement-spirituel/canonical/
dimanche 14 février 2016
par  Alain Mattheeuws

Qu’est-ce que l’accompagnement spirituel ?

C’est une manière pour un baptisé d’accompagner un frère dans sa vie d’amitié et d’union avec Dieu lui-même, avec le Christ. Cette tradition est un trésor spirituel dans la vie de l’Église. Ce service fraternel marqué de discrétion s’attache à la vie profonde d’un autre, à la grâce du baptême et à son développement.

1. L’accompagnement spirituel suppose de bien écouter, de bien s’écouter, de bien écouter ce que Dieu semble dire dans la vie du baptisé puisque Dieu communique quelque chose de sa volonté dans notre vie concrète.

Discerner le désir de Dieu

Le mot est délicat mais le désir, c’est comme la soif : nous cherchons à l’assouvir dans ce que nous sommes en train de faire, dans ce que nous voulons faire, dans les décisions prises ou à prendre. Donc il s’agit bien d’écouter, de bien s’écouter, de bien écouter Dieu. Le contenu d’un entretien peut être aussi un enseignement, une sagesse : une meilleure compréhension du mystère de Dieu, à travers la tradition de l’Église, la parole de Dieu. Il convient de prendre conscience de ce qui se passe en nous. L’enseignement et le dialogue sont une lumière pour l’intelligence. C’est ainsi que nous nous ouvrons à ce qui se passe en notre cœur, au mystère de l’invisible qui est toujours présent dans une personne particulière. Dans l’accompagnement, des indications de prière sont partagées, des éléments de doctrine sont évoqués, des questions délicates sont affrontées.

Prodiguer des conseils

Dans l’accompagnement, des conseils sont demandés et donnés. Le conseil n’est pas un ordre que l’on donne ou que l’on reçoit. Il s’agit d’une relecture commune ou d’une compréhension « dans le Seigneur » de ce qu’il faut faire. Le conseil fait appel, du côté de l’accompagnateur, à une vertu de sagesse ou de prudence. C’est tout un art. Il s’agit de saisir la vie de l’Esprit telle qu’elle est dans le cœur d’une personne. Nous appelons cela des « motions spirituelles », des indications en vue de trouver la trace de Dieu dans la vie personnelle, prendre conscience de sa présence et découvrir qu’il est présent en toute chose. Comme dirait Charles Péguy : « Le spirituel est lui-même charnel. » (Ève, in Œuvres poétiques complètes, p. 813, Collection de la Pléiade, Gallimard, Paris, 1948.) L’accompagnement est concret. L’accompagnateur n’est pas un coach au sens strict du terme, ce n’est pas un maître d’école ou un éducateur ou membre de la famille, c’est plus large.

2. Un accompagnateur spirituel se choisit et se reçoit : une alliance spirituelle s’établit. Il faut qu’il y ait comme un apprivoisement mutuel, une amitié et en tout cas, une estime mutuelle.

On s’informe pour savoir quelle personne de notre entourage pourrait être notre accompagnateur

Il faut que l’accompagnateur soit disponible et que l’on sache par divers canaux, que ce soit par des conversations ou par des références, que la personne qui accompagne est un peu formée, a une certaine expérience, qu’elle a elle-même — le prêtre ou le laïc qui accompagne — une vie spirituelle et, normalement, qu’elle est elle-même accompagnée spirituellement pour avoir une certaine assurance et une altérité dans la mission qu’elle développe. Il faut découvrir une personne non pas parfaite, mais croyante : saine et sainte.

L’accompagnateur est un cadeau du ciel

Des indications profondes peuvent nous éclairer sur la personne adéquate pour notre vie. Certains réalisent qu’un tel ou qu’une telle lui est envoyé comme une aide de la part du bon Dieu pour marcher sur les chemins de la vie. Je pense entre autres à sainte Marguerite-Marie Alacoque, à Paray-le-Monial, qui priait et qui avait reçu comme indication dans sa prière personnelle, que quelqu’un lui serait envoyé pour l’aider à voir clair dans les apparitions du Christ dans sa vie, dans les locutions intérieures qu’elle recevait. Lorsque le père Claude La Colombière arriva à Paray-le-Monial, elle a aussitôt reconnu et ressenti cette présence comme le don de Dieu : comme une correspondance entre sa vie intérieure, la voix de Dieu et cette présence du prêtre qui l’aiderait à mieux comprendre ce qu’elle vivait. Ce n’est pas aussi clair dans tous les cas. Mais ce qui est vrai toujours : le guide spirituel est une présence gratuite de Dieu, un don pour nos vies.
Un accompagnateur peut refuser d’accompagner une personne parce qu’il ne s’en sent pas capable, n’en a plus la force ou le temps, ou bien éprouve une difficulté relationnelle avec cette personne. Il y a incompatibilité entre certaines fonctions (supérieurs, évêques) et missions dans l’Église et l’accompagnement. Par ailleurs, une personne peut difficilement donner tout son temps à l’accompagnement, surtout un prêtre.

L’accompagnement spirituel par les laïcs

C’est une belle mission pour laquelle on manque beaucoup d’accompagnateurs. Il faudrait que davantage de laïcs se forment dans ce but. D’abord en vivant et en connaissant la parole de Dieu. Une des grandes qualités de l’accompagnateur est la discrétion : il est appelé à respecter scrupuleusement le secret de la confidence et de l’accompagnement. Par exemple, un époux marié accompagne seul une personne. De nombreux laïcs consacrés ont également ce don et cette expérience.
Ces personnes doivent avoir acquis une bonne connaissance de la Bible, avoir une vie de prière régulière et ferme. Elles doivent aussi se sentir envoyées en mission auprès de leurs frères. Il faut être en lien avec l’Église. Il n’est pas indispensable d’être un grand intellectuel ni d’avoir de grandes connaissances de la tradition spirituelle. Il est souhaitable de connaître la vie des saints et d’y puiser une expérience. Les journaux spirituels de sainte Thérèse de l’enfant Jésus sont un bel exemple d’inspiration. L’autobiographie de saint Ignace de Loyola aussi.
Tout est marqué par le sceau de l’Esprit Saint : l’accompagnateur agit en Dieu ou avec Dieu. Il s’efface toujours, comme Jean le Baptiste, devant la présence de Jésus et de son Esprit. Ainsi nous sommes appelés à reconnaître l’action de Dieu chez autrui et à poser un acte de confiance dans cette action et dans nos frères. Son action passe par l’exercice des vertus théologales : l’espérance face aux faiblesses, aux péchés, aux contradictions d’une vie personnelle. Dieu est toujours plus grand que ce que nous voyons. La charité accueille l’autre comme Jésus et l’aime tel qui l’est : patience, bienveillance, écoute tissent le vêtement de la charité. La foi est l’axe essentiel de ce que nous vivons car nous essayons de voir l’invisible avec les yeux mêmes de Dieu : nous regardons et agissons par lui, avec lui et en lui.

À des moments de notre vie, on sent parfois le besoin d’un accompagnement

L’accompagnement est parfois rendu plus concret avant de prendre de grandes décisions dans sa vie. Il est souvent nécessaire si l’on vit des choses que l’on ne comprend pas, dont on ne sait pas si elles viennent de Dieu ou pas. Tout l’art de l’accompagnement consiste en effet à discerner quel type d’esprit habite ma personne, spécialement mes pensées. L’accompagnement spirituel est utile pour prendre les bonnes décisions : nous sommes devant une altérité ecclésiale. Nous cherchons les meilleures dispositions pour décider en liberté spirituelle et pas sous le coup de l’événement et de l’émotion.

3. La fréquence des rencontres avec son accompagnateur spirituel est à organiser, elle évolue avec le temps et s’accorde avec les événements de la vie. L’accompagnement se fait plutôt de visu.

On prend ses marques au fil des premières rencontres

Dès le moment où l’on s’est mis « en alliance », où l’on a rencontré la personne, on s’adapte aux agendas et aux indications de l’accompagnateur. Mais le plus souvent, au début de l’accompagnement, il est bon de se voir un peu plus fréquemment pour mieux se connaître et pour baliser le chemin. Au début de l’accompagnement, il ne faut pas trop espacer les rencontres : les cœurs doivent se reconnaître ! Quand cette étape est franchie, on prend un autre rythme. Le critère est d’avoir une régularité, un contenu à l’échange, une matière à discerner. L’échange porte sur la prière personnelle et la vie sacramentelle, les décisions, les combats spirituels éprouvés, le sens des événements vécus, sur tout notre être. Il faut une « matière » pour la conversation et pour discerner, pour réaliser si Dieu était là ou n’était pas là dans tel aspect de notre vie. Tous les mois, tous les deux mois ou trois ou quatre fois par an sont des rythmes ordinaires selon les personnes et leur histoire.

On adapte le rythme en fonction de nos besoins et des possibilités de chacun

Le lien est marqué par une promesse : une sorte d’alliance dans la régularité. Dès le moment où l’on est entré dans cette promesse, le rythme peut varier. On prend parfois une vitesse de croisière dans les rencontres. Les rythmes peuvent être très différents selon la personne, sa mission dans l’Église, selon les décisions qu’elle-même doit prendre. Par exemple, des jeunes qui vont se marier ont le désir de rencontrer plus régulièrement leur accompagnateur avant le mariage parce qu’ils sentent qu’ils prennent une grosse décision ; un peu comme un jeune qui s’approche de l’ordination. La fréquence de ces rencontres peut être très souple : elle doit être prise d’un commun accord.
Dans cette liberté spirituelle éprouvée par l’un et l’autre, les échanges sont plus profonds, s’ouvrent à l’imprévu de Dieu, devinent cette douceur de Dieu quand il remplit toute notre vie. On n’est pas toujours dans une bouteille d’encre ou dans une somme de difficultés à résoudre : une lumière est donnée dans l’entretien : une paix et une assurance guident les pas de chacun.
Cela permet de ne pas se parler trop longuement, de ne pas se voir tous les quinze jours. Et puis quand on a un accompagnateur depuis longtemps, on a appris quelque chose de Dieu. On n’affronte plus les mêmes difficultés ou les mêmes questions puisqu’il nous a appris à les affronter et que certains points de la vie spirituelle sont intégrés. Il suffit parfois qu’il nous confirme une option prise déjà.

L’accompagnement se fait plutôt de visu

C’est comme un « sacrement » du frère ou de la sœur, la relation d’accompagnement n’est pas virtuelle. Elle est en lien d’ailleurs avec la vie sacramentelle qui passe toujours par un geste, une parole, le corps de l’enfant que l’on baptise par exemple : donc l’espace et le temps sont incontournables. Parce lorsque l’on s’écoute et que l’on se parle, notons aussi que le corps « parle » : il est un langage. Il y a des silences qui ponctuent la conversation, parfois un sourire esquissé, des larmes qui pointent aux paupières. Le fait de voir l’accompagnateur de visu nous aide à nous confier. Nous n’avons pas besoin de longs discours, il faut le voir : sa simple présence nous fait du bien.
Cela ne veut pas dire que l’on ne peut pas écrire. Il y a des moments dans l’accompagnement où l’on veut synthétiser les expériences faites ou faire une relecture d’une année ou d’une retraite. On cherche à partager l’essentiel de ce que l’on a vécu : on synthétise une expérience forte. L’écrit n’est pas mauvais mais ne suffit pas à l’accompagnement : il peut être une passerelle pendant un temps où les rencontres sont impossibles. La rencontre personnelle passe par « voir, entendre, écouter », et s’écouter l’un l’autre pour mieux écouter Dieu. Des informations et confidences, des questions et des suggestions peuvent passer par e-mail ou par téléphone pour des aides ponctuelles ou des urgences. Mais la substance même de l’accompagnement se fait dans la rencontre interpersonnelle.
Quand il y a urgence, détresse dans la vie de prière, un ressenti étrange et nouveau, une acédie (mal de l’âme qui s’exprime par l’ennui, le dégoût pour la prière, la pénitence, la lecture spirituelle), une décision sur laquelle on a bien prié et pour laquelle on reste dans le doute, nous pouvons interroger sans se voir : « Tel que tu me connais, que dis-tu ? ». Mais ne rêvons pas d’un accompagnement sans ces rencontres de personne à personne : de visu.

Nos pensées peuvent venir de Dieu, de nous ou de mauvais esprits

Quand on doit prendre une décision et que l’on réfléchit, des pensées surgissent en nous, parfois une décision, une image, un mot. Ces indications ont trois sources possibles : Dieu, le Saint-Esprit qui nous suggère quelque chose et qui se glisse à l’intérieur de notre esprit (l’Esprit Saint se joint à notre esprit pour nous suggérer par exemple de rendre service, de faire le bien ou de répondre à tel appel). Cette réflexion vient parfois à l’improviste : elle vient du Saint-Esprit. Je lui fais confiance et je me sens poussé à le faire. Si cela vient de nous, cela peut être très bon aussi. Nous sommes tous des sujets capables de penser par nous-mêmes et nous pouvons nous rendre compte de ce qui se passe en nous. Mais il y a des pensées qui nous viennent de Satan et de mauvais esprits. Certaines sont faciles à repérer. Ce sont des tentations claires : si surgit en nous l’envie de tuer une personne ou de nous mettre en colère, cette tentation ne vient pas d’abord de nous. Quelque chose nous envahit qui est d’un « monde mauvais » et qui nous éloigne de Dieu. Dans d’autres cas, c’est plus subtil et nous sommes comme illusionnés par telle pensée ou suggestion. La tradition spirituelle dit « Le mauvais esprit se revêt des habits de l’ange de la lumière. » Nous croyons suivre une inspiration de Dieu. Nous pensons avoir trouvé la source de notre bonheur mais nous sommes en fait trompés dans la décision à prendre. Le propre du mauvais esprit est d’enrober la mauvaise réalité dans un emballage resplendissant, séduisant, fascinant. Si on le suit, on risque de ne plus suivre Jésus ou de faire des bêtises ou de prendre des mauvaises décisions à moyen ou long terme. Il est important de discerner dans nos pensées, nos réflexions, nos décisions, l’origine de ces indications en nous.

4. L’accompagnement spirituel nous apprend à discerner le chemin et à réagir pour ne pas nous laisser entraîner par des illusions ou par des mauvais esprits. Il nous éveille et nous guide comme l’action d’un ange gardien. Il nous permet de prendre du recul face à ce qui nous traverse l’esprit et face aux situations de la vie quotidienne.

Discerner ce qui vient de nous ou de l’Esprit Saint

« Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit ; mais tu ne sais d’où il vient, ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né de l’Esprit » (Jean 3,8) L’Esprit Saint est la source du bon imprévu, de la surprise : il résonne comme un appel. Il se manifeste dans une joie à accueillir, joie à laquelle nous n’étions pas préparés : un appel téléphonique ou une rencontre nous interpelle et nous surprend. Nous sommes surpris que telle homélie ou eucharistie nous ait fait tant d’effet, nous procure tellement de paix et de force pour le reste de la journée ou de la semaine. Cette action de l’Esprit Saint doit être discernée dans ce que saint Paul appelle « les dons de l’Esprit Saint qui se développent ». Ce sont aussi des dons habituels, des vertus telles que la patience, l’humilité, la bienveillance, etc. D’un autre côté, dans ce discernement, il faut s’exercer à voir — pour ne pas les suivre — les pensées qui nous éloignent de Dieu ; les tentations classiques — on les voit facilement — ou les tromperies du mauvais, les illusions qui surgissent en nous. Le « menteur » agit parfois comme un magicien qui transforme la réalité et nous conduit dans une mauvaise direction. Il nous dit de rêver ou d’ambitionner telle chose, parfois sous le couvert des meilleures intentions. Nous croyons que Dieu nous suscite et nous suggère telle pensée : à moyen et à long terme, ce sera certainement mauvais pour nous. Pour faire ce type de discernement il faut du temps : l’accompagnement est vraiment utile et décisif dans ces cas-là parce que nous prenons le temps d’une conversation ou de discuter plusieurs fois sur le même sujet dans un contexte où l’altérité joue son rôle. On observe mieux « l’avant, le pendant et l’après » d’une décision. Le facteur « temps » dans l’analyse de l’origine des pensées est important.
La confiance mutuelle dans ce type de recherche est enracinée dans la confiance que l’Esprit Saint travaille et est présent dans le cœur du baptisé et de l’accompagnateur. Il nous apprend à dire « oui » comme Marie. Pour le guide spirituel, il ne s’agit pas d’aller plus vite que ce que l’Esprit Saint fait dans le cœur de celui qu’il accompagne. Quand on a confiance, on pose un acte de foi.

5. Sous le regard du Seigneur, les relations évoluent, des fruits sont donnés, les chemins sont variés et les rencontres différentes, avec le rythme de la confession et des temps forts de retraites.

Les fruits de l’accompagnement nous rapprochent du Seigneur

Le critère d’un bon accompagnement est le suivant : la liberté s’engage et des choses bougent dans la vie spirituelle de l’accompagné. On peut observer aussi comme un apprentissage et une croissance de la communion et de l’amitié avec Dieu. On vit le mystère de Marie qui gardait tout dans son cœur au fil des événements. On apprend donc on progresse, comme pour une croissance humaine ou l’apprentissage d’un métier. Cette connaissance plus profonde des voies de Dieu nous indique aussi qu’il ne faut pas tout reprendre à la case départ lors de chaque rencontre.
Souvent il y a alternance de régularité et d’imprévus dans les appels de Dieu. De nouvelles situations se présentent, une urgence survient, une décision délicate à prendre apparaît, une tristesse sans cause nous défait, un deuil semble nous éloigner de Dieu : la vie spirituelle n’est pas un « long fleuve tranquille ». Les fruits apparaissent surtout dans la manière dont nous assumons dans le Seigneur ces variations de la vie. L’accompagnement s’adapte ou pas à ces nouvelles questions qui rejoignent la vie personnelle : il indique que nous ne sommes pas dans une impasse, mais dans un nouvel appel ou un temps de patience.

Le sacrement du pardon peut nous être donné par le prêtre qui nous accompagne

Quand l’accompagnateur est prêtre, il peut aussi confesser ceux qu’il accompagne. Cette expérience est heureuse pour le prêtre et pour l’accompagné car ils se mettent tous deux face à la personne du Père et goûtent les effets de sa miséricorde dans une même expérience spirituelle. La relation d’accompagnement peut en sortir fortifiée et enrichie. Il convient de marquer les différences de langage et de finalité du dialogue dès lors que l’on vit ce sacrement dans le cadre de l’accompagnement. En se confessant le baptisé parle à Dieu le Père, le prêtre prie et implore également le pardon de Dieu avec lui. Le pardon sacramentel vient d’au-delà de la compétence du prêtre : de sa mission et de son ministère. Une grâce particulière est ainsi offerte aux deux personnes : se mettre humblement ensemble devant Dieu. L’accompagnement consiste le plus souvent à parler de ce que Dieu nous a communiqué et de ce qu’il a fait en nous. Dans la confession, on parle à Dieu en confessant sa foi dans son action en Église. Ces deux démarches différentes sont fort liées et se fortifient mutuellement dans la croissance spirituelle.
Dans la rencontre avec son accompagnateur, on peut vivre la confession sacramentelle soit au début soit à la fin de l’entretien. L’accompagnateur prêtre et le baptisé sont appelés à bien percevoir cette grâce. Le prêtre veillera aussi à inviter le baptisé de temps en temps à se confesser avec d’autres prêtres s’il est absent.

Des retraites avec son accompagnateur spirituel peuvent être un temps fort

Dans le cadre d’un accompagnement sur plusieurs années, il peut être bon de faire une retraite avec son accompagnateur spirituel. Aller ensemble dans le même lieu pour suivre une retraite prêchée et vivre un temps fort, ou bien être guidé personnellement par l’accompagnateur durant un temps de retraite en silence. L’altérité de cette expérience et son intériorité peuvent vraiment être un carrefour pour la vie spirituelle personnelle.

On sait que l’on a le bon accompagnateur spirituel ou pas, une fois l’accompagnement engagé

La réponse n’est pas automatique. Une fois que l’accompagnement est engagé, il faut laisser le temps, c’est-à-dire quatre-cinq rencontres, pour voir si l’on s’apprivoise, si l’on se fait confiance. À travers le temps, on éprouve des confirmations spirituelles : « Il m’aide et il me fait du bien. » On garde toujours sa liberté. On s’est engagé mais on constate combien notre liberté est concernée et comment nos décisions sont mieux « prises dans le Seigneur ». Le critère : nous éprouvons que Dieu est bien vivant et que notre vie change. Celui qui nous accompagne nous aide à faire des pas, des pas libres et conscients : le cœur s’éveille, mûrit. On se voit « grandir » en amour du Christ et de l’Église. Le plus souvent pendant l’hiver, les plantes ne poussent pas mais au printemps, à un moment donné, les feuilles et les fruits surgissent. De la même façon, dans nos vies ou certaines périodes de nos vies, la grâce transparaît. Nous parlons dans l’accompagnement et le mystère de Dieu prend plus d’épaisseur ou de lumière. Nous avons plus de courage pour prier. Nos décisions sont plus limpides ou plus fermes, même si elles nous conduisent à des choix difficiles, etc.
Si nous observons l’un ou l’autre signe de ce genre, plongeons dans l’action de grâce et dans la persévérance. Si ce n’est pas le cas, si la conversation traîne, si les incompréhensions restent nombreuses, s’il n’y a pas une confiance mutuelle, il vaut mieux arrêter et reprendre le dialogue avec une autre personne.

6. L’accompagnement spirituel permet aux personnes de mieux se connaître, de se poser sous le regard de Dieu, de recevoir sa paix ; il aide à accepter et vivre avec le Seigneur les étapes de notre vie et à rester en communion avec lui. Peu à peu nous apprenons à accueillir les événements, à discerner et à avancer, tels que nous sommes, sur le chemin de notre vie, chacun à notre façon.

Croire et faire confiance en toute liberté et lucidité, en restant soi

L’accompagnement est une relation d’alliance et de confiance mutuelle dans le cadre de la tradition de l’Église. Cette expérience existe depuis toujours. Un frère fait confiance à un autre comme on peut faire confiance à Jésus. On le vit d’ailleurs « dans son nom ». Chacun garde sa propre identité, son « je ». Faire confiance ne veut pas dire abandonner toute sa personnalité à un gourou ou à quelqu’un qui prend l’initiative et décide à notre place. Ce serait catastrophique et pas juste. On ne fusionne pas avec une personne même si elle est extraordinaire. On ne copie pas l’autre. La relation mutuelle n’est pas non plus un phénomène de séduction. La confiance surgit au sein de notre liberté. Nous voyons avec notre cœur et notre esprit qu’en ce qui concerne notre vie personnelle, nous pouvons nous ouvrir à l’autre et même assumer ses conseils et ses paroles. Il ne s’agit pas de l’imiter ou de le laisser se projeter en moi. « Je » ne suis pas son clone. Dans la différence et parfois l’asymétrie de l’expérience et de la vie, nous percevons que cette confiance est possible et nous donne de la « vie ».
Une manière de l’exprimer serait de dire « Je suis baptisé, je suis disciple de Jésus mais je ne suis pas disciple de mon accompagnateur. Je lui fais confiance sur la manière dont il voit ce que je vis et en ce qu’il me conseille mais ma relation est centrée sur le Christ dans son Église et pas sur sa personne à lui. » De son côté, l’accompagnateur croit que l’Esprit habite celui qui s’adresse à lui et qu’il ne perd pas son temps en paroles superficielles ou extérieures au mystère de Dieu.

Suivre le Christ et pas mon accompagnateur

Prenons l’exemple de saint Jean-Baptiste. Il nous offre un trait de ce qu’est l’accompagnement en s’effaçant devant Jésus et en disant « Voici l’agneau de Dieu. » Il le désigne à ses propres disciples et il s’efface. Dans tout accompagnement, il faut faire confiance. Cette confiance augmente au fur et à mesure que l’accompagnateur s’efface, comme Jean le Baptiste, devant notre amitié avec le Christ. Le critère du bon accompagnement n’est pas d’obéir simplement à ce que l’on me dit : cela ne suffit pas. Suivre ce que l’accompagnateur nous dit sur notre propre vie parce qu’il nous recentre sur le Christ et nous fait grandir comme disciple du Sauveur. Cette humilité de l’accompagnateur nous aide à purifier la relation de toute ambiguïté.
Dans les hésitations, le doute, dans les variations de sentiments vis-à-vis de telle chose ou de telle personne, cela doit concerner la personne du Christ et sa mission. L’accompagnateur peut aimer telle musique et tel mode d’agir : et nous avons d’autres goûts. Nous suivons un conseil ou nous obéissons parce qu’il semble que ces paroles viennent du Christ. Si elles sont transmises par l’accompagnateur, tant mieux. Si c’est une habitude spirituelle ou culturelle de celui qui nous accompagne, il faut voir plus profond. Il s’agit d’obéir à Dieu, de vivre une parole de l’Évangile avant de suivre un conseil humain. Il convient d’écouter le sens des mots : « Regarde ce qu’a fait le Christ pour l’aveugle-né, regarde ce que le Christ peut faire pour toi en te donnant force et courage » plutôt que nous dire « Je m‘appuie sur mon accompagnateur parce que c’est un frère aîné ou un père spirituel et je vais faire comme lui ». Il faut viser ensemble le même Christ et la même radicalité. Le but est de suivre et d’imiter le Christ plutôt que notre accompagnateur. Tant mieux s’il est saint à nos yeux et qu’il donne un beau témoignage. Mais cherchons plus profond qu’une simple imitation de sa vie. Centrons-nous toujours sur le Christ qu’il nous indique. Ainsi sommes-nous disciples du Christ dans la vie conjugale, dans le monde des affaires, dans les études. Nous sommes disciples du Christ et pas d’une grande personnalité charismatique ou intellectuelle. Si nous sommes célibataires, il ne s’agit pas de devenir prêtre comme notre accompagnateur. En bref, nous ne devons pas copier notre vie sur la sienne, mais grâce à sa vie et son écoute, « vivre notre vie » et l’offrir au Christ tel que nous sommes. Évitons certains processus d’imitation inadéquats.

Les raisons de ne pas prendre tel prêtre comme accompagnateur spirituel : une distance avec les personnes avec lesquelles on travaille est nécessaire

Il y en a plusieurs : quand on est collaborateur dans le même travail pastoral, quand on doit travailler avec lui ou faire une mission catéchétique ensemble ; quand on est dans le même conseil pastoral ou l’animation des mêmes groupes, il vaut mieux ne pas choisir ce prêtre comme accompagnateur. Il vaut mieux prendre quelqu’un qui est hors de la mission pastorale, qui peut donc avoir une distance par rapport à ce qui est vécu. Si l’on travaille dans une paroisse avec un curé ou un vicaire, on ne va pas le prendre comme accompagnateur puisque que l’on est sur un projet commun.
Si le prêtre a une autorité quelque part et une responsabilité en proximité, il vaut mieux ne pas le prendre comme accompagnateur pour ne pas mélanger les champs d’autorité. L’accompagnateur a une autorité qui concerne notre vie d’union et d’amitié avec le Christ tandis que si le curé nous demande, par exemple, de nous occuper de la catéchèse, c’est différent. Pour éviter certains désaccords ou une certaine instrumentalisation de la vie pastorale ou spirituelle, il convient de faire la distinction. Car si le prêtre nous connaît trop bien dans la vie pastorale, comment va-t-il faire la distinction entre le projet porté ensemble et avec d’autres et notre propre vie spirituelle qui concerne le tout de ma relation au Christ ? Fonder une chorale ou faire une mission ponctuelle avec un prêtre, ce n’est pas l’essentiel de notre union à Dieu.

Des conseils pour choisir son accompagnateur spirituel

Ce n’est pas toujours facile de trouver et de choisir ! Il faut prier pour le recevoir et l’accueillir aussi comme un envoyé de Dieu, comme un cadeau de Dieu. Il faut préparer son cœur et le recevoir comme un messager de Dieu. Il est bon de se renseigner dans les lieux que l’on connaît. Voir où célèbre tel prêtre et où vit tel moine ou moniale. Si c’est un laïc, on cherche à savoir s’il accompagne d’autres personnes. On essaye de découvrir dans la discrétion mais à travers quelques témoignages s’il pourrait nous convenir. On confie cette recherche à l’intercession de Notre Dame.
Si c’est un prêtre, sainte Thérèse d’Avila se disait après quelques confessions avec le même prêtre : « Celui-ci pourrait être mon guide spirituel dans mon chemin vers Dieu. » La découverte s’était faite ainsi dans l’exercice du sacrement. Et c’est vrai encore aujourd’hui : on rencontre et choisit son accompagnateur spirituel dans le corps de l’Église, là où il est, selon ce qu’il fait. Il y a des indications et des signes qui touchent notre cœur et notre raison, ils nous font dire : « Telle personne pourra m’aider pour la question que je me pose et pour ma vie de prière. »
Après de nombreuses recherches, certains chrétiens sont tristes de ne pas trouver un accompagnateur (certains diocèses ou régions sont plus pauvres en ressources) mais sans se décourager, ils rejoignent une « cellule ecclésiale », « une fraternité », une « maisonnée », « un groupe de prière », une « équipe de couples » : ce sont des lieux fraternels, des « petites églises » qui nous aident et sont parfois des lieux d’attente d’une relation plus personnelle. On n’est pas seul dans l’Église. L’accompagnement personnel ou communautaire est toujours dans un cadre ecclésial.

7. En parallèle avec l’accompagnement spirituel, pour nous connaître différemment et vivre mieux, avec les conseils de notre accompagnateur, nous pouvons nous tourner vers d’autres personnes. Devenir un saint est un appel auquel nous répondons en Église.

Des recommandations, des expériences et des habitudes pour la vie de prière ? Les saints peuvent être des exemples

C’est en forgeant que l’on devient forgeron ; c’est en priant que l’on devient un priant. Cherchons à expérimenter diverses formes de prière, comme dit le Catéchisme de l’Église Catholique (CEC n° 2558 à 2865). Exerçons-nous à en comprendre les significations et applications. La prière d’adoration n’est pas celle du chapelet, la prière mentale (l’oraison, la méditation, la contemplation) n’est pas la même démarche qu’un pèlerinage. L’accompagnateur peut nous guider dans les divers modes de prier. Il peut nous pousser sur les routes de Rome, de Lourdes ou de Saint-Jacques-de-Compostelle.
Après la prière et pour préparer le dialogue avec celui qui nous accompagne, il faut travailler avec sa mémoire et puis trouver les mots adéquats pour qualifier notre prière et nos actions dans la prière. Ce qui est le plus concret est le mieux : combien de temps nous prions, dans quel lieu, s’il fait froid ou chaud, quelle est la position que nous privilégions, quelle est la « météo » de ce moment d’intériorité ? Il convient d’observer la position du corps qui aide la méditation ou la contemplation. Quels sont les gestes posés qui manifestent la joie ou le cri de notre prière, notre manière de rester uni avec le Seigneur sans être distrait ? Notons aussi que si la prière est un don, elle est aussi un travail : elle suppose une éducation, un apprentissage qui passe aussi par la lecture et la connaissance de la parole de Dieu. La vie des saints nous montre la façon dont ils priaient et ce qu’ils faisaient : c’est un stimulant. Jésus lui-même se retirait pour prier la nuit dans un endroit désert et les paroles qu’il nous a léguées sont dans « le Notre Père ». Même si cela semble parfois formel, c’est une bonne habitude de savoir bien commencer sa prière et bien la terminer comme lorsque l’on rend visite à des amis. Si l’on est nerveux, il ne faut pas négliger la respiration et ce qui nous calme dans la durée de la prière.
L’accompagnement nous permet parfois de comprendre le sens de nos distractions ou bien de les faire disparaître. Il est donc vrai qu’il faut parler de sa prière, la réfléchir sans l’intellectualiser, expérimenter des formes variées. Notre vie de prière est « organique » : « dis-moi comment tu pries, et je te dirai qui tu es ». Ainsi prendre conscience du priant que l’on est, est décisif : comment Dieu nous parle, quelles sont ses paroles qui nous touchent. Il est difficile de parler de « progrès » dans la prière, mais on doit observer les « saisons » de la prière qui nous unit à Dieu.

Un psychologue chrétien est différent d’un accompagnateur spirituel

Le psychologue nous demande souvent de faire appel à notre mémoire pour éclairer les événements de notre vie. Parfois, on se souvient de tel ou tel événement, parfois on est marqué par des rêves récurrents. La psychothérapie est une aide pour analyser et résoudre certains blocages, retard de croissance et de maturation, blessures etc. Le psychologue est attentif à des souffrances, à des blocages, à des maladies, à des dépressions, à des tics. Il peut donc être nécessaire d’en rencontrer un pour être plus en paix avec sa personne. Sa tâche est de découvrir les blessures ou des maladies du psychisme et de proposer des remèdes. L’accompagnement spirituel se fait au niveau de la personne toute entière et concerne la vie d’union à Dieu : la prière et les sacrements en font partie.

Aller chez le psychologue comme on va chez le kinésithérapeute

Le père spirituel peut dire « Cela te ferait du bien de parler de telle peur, de telle angoisse ou de tel blocage à un psychologue ou à un psychiatre parce que tu as vécu un événement traumatique ou subi une violence, un viol, ou un avortement et ses conséquences. » Cette invitation peut être comparée au fait de convier quelqu’un qui a le dos voûté ou courbé à aller chez le kinésithérapeute pour quelques séances. Cette invitation et ce travail psychologique peuvent s’avérer très bénéfiques pour toute la personnalité. Pendant cette thérapie, il est bon cependant de ne pas arrêter l’accompagnement spirituel.
On voit dans la vie des saints que certains ont subi des maladies, des affaiblissements psychiques ou des souffrances psychologiques. Le psychologue, comme le médecin, ne guérit pas tout. Mais avec son aide et dans l’accompagnement, le baptisé peut parvenir à mieux situer les souffrances dans le plan de Dieu. Soulagé, guéri ou pas, ou aidé, tout chrétien est appelé à aimer Dieu et à continuer à prier.

Les prières de guérison sont une grâce, un autre cadeau du ciel

Si l’accompagnateur a cette expérience et ces dons, il est bon qu’il fasse, dans le secret de son cœur ou dans le dialogue, des prières de guérison mais il faut qu’il s’explique bien, qu’il dise bien ce qu’il va faire, pourquoi et comment on va prier et quel est l’enjeu spirituel de ce mode de prier ensemble. Il faut éviter d’apparaître comme un guérisseur ou un magicien. Toute guérison est un cadeau de Dieu et un signe pour la croissance de la foi. Parfois il estimera que l’heure n’est pas encore venue ou bien qu’il y aurait plus de confusion que de clarté à le faire. L’accompagnement doit rester marqué par une humble et bienveillante patience. D’autres peuvent prier explicitement pour la guérison en accord avec l’accompagnateur. L’accompagnement est un don pour l’Église. C’est un art lié à la grâce de du baptême. Si des prêtres exercent ce don, réjouissons-nous. S’ils peuvent user de la prière de guérison, tant mieux. Mais l’horizon de l’accompagnement est plus large. Souhaitons qu’il existe plusieurs modes d’accompagnement dans le respect des personnes concernées.