BIANCHI E., Don et pardon

dimanche 14 février 2016
par  Alain Mattheeuws

BIANCHI E., Don et pardon, Paris, Albin Michel, 2015, 144 p., dans RTB 15 (2015) 173-174.

Comment rendre compte du carrefour incontournable qu’est le don dans une culture qui s’est centrée sur l’économie et la technique ? Quelle est la place d’une gratuité manifestée sans idéalisme par le don qu’est tout être humain et cette capacité qu’il a aussi de faire don de lui-même et de le symboliser par des dons variés ? Dans un premier temps, l’auteur lie le don avec la proximité, la gratuité et la justice. Il purifie le concept, la réalité concrète et en souligne les traits précieux. Son style est alerte, clair et stimulant. « Nous avons tout reçu (p.39). Si nous sommes conscients de cette condition qui nous caractérise, il n’est pas difficile d’entrer dans la danse du don et de devenir à notre tour des donateurs, afin que le don passe de mains d’homme à d’autres mains d’homme et crée cette communitas qui rend possible l’humanisation » (p.40). La parabole des talents (Mt 25,14-30) est citée pour illustrer cette dynamique ; « Celui qui avait compris que le Donateur était bon avait fait fructifier le don reçu. (…) Seul l’amour se diffuse et s’effuse ! » (p.41).
Le pardon est un redoublement du don, mais il nous convie à affronter la question du mal (p.52) et surtout il s’inscrit dans le temps de l’homme. Le pardon est « laborieux » et passe par des étapes. E. Bianchi insiste sur le dépassement de la tentation de se venger, sur la nécessaire connaissance de soi pour se transformer et comprendre l’offenseur. Il n’est pas facile de manifester le pardon : il faut parvenir à faire le premier pas (p.66) car pardonner n’est pas une « action de justice mais de miséricorde » (p.66). Ce type de pardon est totalement gratuit et n’attend donc pas de réciprocité. « Le pardon est le geste le plus grand dont un être humain soit capable » (p.67). Il est de l’ordre de la guérison. Il fait du bien à la victime. Il vient aussi de Dieu pour retourner vers Lui. « Il s’agit de la plus grande joie de Dieu » (p.68). La figure de Jésus (p.71-74) est admirablement décrite : il est l’alpha et l’oméga de tout pardon. A sa suite, ceux et celles qui pardonnent parcourent un vrai chemin d’humanisation.
C’est la compassion – souffrir avec – qui unifie le don et le pardon et en témoigne. Elle nous indique l’aptitude, en Dieu et en nous, de vaincre le mal dans l’histoire humaine. « Sans la compassion, il n’y a plus que la barbarie, la dissolution du cosmos » (p.95). De la révélation de Dieu dans l’Ancien testament à la vie de Jésus, la compassion nous montre la puissance de ce sentiment et de cette attitude. Elle suppose une proximité dans la distance, un langage et du silence, un travail et une peine, mais elle est le fondement d’une éthique universelle (p.125). Elle est gémissement et souffrance intégrée de la création tout entière (Rm 8,22).
Dans ses références bibliques comme dans l’apport d’une sagesse philosophique ou bouddhiste, l’auteur creuse pour nous un chemin qui mène au cœur de la miséricorde. La simplicité de l’exposition n’en trahit pas la profondeur : au contraire ! Cette lecture sera bonne à faire durant le Jubilé de la miséricorde.

A. Mattheeuws s.J.


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