L’abbé Henri Caffarel : une soif de Dieu

jeudi 22 novembre 2018
par  Alain Mattheeuws

L’abbé Henri Caffarel : une soif de Dieu

Ce prêtre bien connu des Equipes Notre Dame et de nombreux courants de spiritualité conjugale et familiale était un homme qui cherchait Dieu autant dans le service sacerdotal, l’accompagnement et l’écoute des cœurs que dans la solitude personnelle longuement éprouvée : trois mois par an d’ermitage durant toute sa vie. Un actif qui cherchait à contempler l’amour concret dans sa vie et dans les cœurs de ceux et celles qui se confiaient à lui.
Un contemplatif actif
Il aura vécu de « nombreuses vies en une seule vie » : accueil et formation des groupes de foyers, des veuves, des laïcs qui se tournent vers lui et avec qui il construit des chemins d’union à Dieu. Avec le P. H. Caffarel, nous sommes témoins d’un jaillissement de la spiritualité conjugale et de l’explicitation de l’amour humain comme lieu de sainteté dans l’offrande de soi. Ces intuitions ont trouvé des harmoniques splendides dans l’enseignement de l’Eglise et dans l’accompagnement des familles depuis le dernier Concile. Ce n’est pas pour rien que la rencontre des Equipes Notre Dame avec Paul VI (1970), fut décisive pour ce mouvement mais aussi pour éveiller tout le corps de l’Eglise à la vie théologale des « petites églises » que sont chaque famille. Jean-Paul II, Benoît XVI et François nous le rappellent.
Le fil rouge de « ses différentes vies » en un seul homme, est sa prière personnelle dont nous n’avons d’écho que par ses enseignements pour tous. Mais que d’initiatives ! Elles balisent le chemin d’un « constructeur » d’église : la revue « L’anneau d’Or », la charte des Equipes Notre Dame (1074), la fraternité Notre Dame de la Résurrection, les Foyers, les semaines d’oraison à Troussures, le souci de la formation au mariage, ses conférences, ses contacts avec le Renouveau charismatique. L’homme était à la fois un orateur, un écrivain, un chercheur. Tout ce qui était en lien avec l’intériorité de l’être humain le fascinait : il cherchait les chemins vers Dieu. Il en discernait les dangers et les impasses humaines et spirituelles. Il a rendu compréhensible et accessible une mystique de l’amour dans la vie de tous les jours.
L’horizon de l’amour conjugal
Le cardinal J.-M. Lustiger avait qualifié de « prophète » dans l’eucharistie à son hommage (27 septembre 1996) parce qu’il disait ce que le Seigneur était en train de faire dans les couples et dans son Eglise. Il voyait et témoignait du chemin de sainteté des couples et des familles. Sans en avoir tous les mots à cette époque, l’Eglise l’a écouté et a confirmé l’importance de cette sainteté de l’amour au quotidien d’une « maison commune », de l’amour appelé au sacrifice pour ceux envers qui on s’est engagé, de l’amour qui est toujours fécond dans la construction du foyer et dans l’accueil des enfants de chair ou d’adoption. Cet amour vient de Dieu et retourne à Dieu librement par le consentement renouvelé des époux. Cet amour est trinitaire et il fait de chaque cœur et de chaque famille, - dans sa faiblesse, sa pauvreté ou ses péchés -, un « temple de l’Esprit saint ». Ce temple est visible dans nos sociétés. Voir ainsi l’amour conjugal vivant, c’était pour le P. Caffarel, témoigner que le Sauveur est bien présent dans nos histoires humaines.

L’originalité spirituelle

L’originalité du père Caffarel n’est pas d’avoir construit une spiritualité particulière, mais d’avoir déployé l’immense richesse du sacrement de mariage. Le « mariage est une route vers Dieu » : une route de sainteté. Ce sacrement que l’on qualifie souvent de « sacrement pas comme les autres » est une source d’eau vivre qui surgit du cœur du Christ. Ce trésor était comme enfui dans le corps de l’Eglise sans avoir pu développer tous ses traits spécifiques. Le Concile parlera des époux comme « consacrés » (GS n°48,2 ou CEC n°1535) et « pourvus de dons particuliers » (LG n°11). Le sacrement de mariage était pour H. Caffarel le centre d’une vie conjugale appelée à témoigner de l’amour du Christ. Toute mission surgissait du mariage uni intimement au mystère eucharistique. « Pour que ce sacrifice du Christ devienne le vôtre, il ne suffit pas que vous offriez son corps et son sang. Le don de la bague ne tient pas lieu du don du cœur et de la vie, il le suppose. De même, l’offrande du corps et du sang du Christ exige votre propre don intérieur. Le don de chacun de vous, sans doute, mais aussi le don de votre petite communauté conjugale. Ce don a de multiples aspects (…) : vous avez à vous offrir l’un l’autre à Dieu, à vous offrir l’une à l’autre, ensemble, à offrir vos enfants et plus largement tout ce qui fait votre existence » .
Cette belle unité de vie dans les sacrements, le Père l’a magnifiée et nous en a révélé des harmoniques concrètes qui résonnent encore avec ce que nous recevons du pape François aujourd’hui. En ce sens ce qu’a dit H. Caffarel reste actuel car ses intuitions sont autant originales qu’universelles.

A. Mattheeuws s. J.

Bibliographie
J. ALLEMAND, Henri Caffarel, un homme saisi par Dieu, Paris, Equipes Notre-Dame, 1997, 263 p.
J. GAUTHIER, Henri Caffarel. Maître d’oraison, Paris, Cerf, 2017.
A. MATTHEEUWS, « L’originalité de la spiritualité conjugale du père Henri Caffarel », dans Le Père Caffarel. Des Equipes Notre-Dame à la Maison de prière 1903-1996. Paris, Lethielleux, p. 203-222.