Homélie du Trente-troisième dimanche A

(Pro 31,10-31 ; 1 Th 5,1-6 ; Mt 25,14-30)
mercredi 25 novembre 2020
par  Alain Mattheeuws

Homélie du Trente-troisième dimanche A (Pro 31,10-31 ; 1 Th 5,1-6 ; Mt 25,14-30)

Nous approchons de la fin de l’année liturgique et les textes nous indiquent que nous approchons ainsi de la fin des temps. Ils nous réveillent et nous invitent à être prêts et vigilants : « veillez et priez car vous ne savez ni le jour ni l’heure » : ainsi se terminait l’épisode des vierges sages et insensées de dimanche dernier.
Aujourd’hui, la parabole des talents et les indications de saint Paul nous rapprochent d’une rencontre finale avec le maître du temps et de l’histoire.
Ce maître qui confie ses biens à ses serviteurs les a mis en responsabilité. Il a posé un acte de confiance : tels qu’ils sont, ils ont à gérer une partie de ses biens. Le talent est une monnaie d’échange. La quantité des talents est indicatrice de leurs aptitudes probablement. Il est étonnant que celui qui n’a reçu qu’un talent, soit celui qui ne fasse rien. Ce n’est donc pas une question de gestion bancaire. La parabole nous en indique le motif : il a peur de son maître. Il a une vision réductrice de lui. lI a peur de mal faire. Il a peur du jugement de son action. Comme si l’usage de sa liberté était une tâche impossible et dangereuse. Il ne nous est pas dit qu’il est paresseux ou en colère contre son maître. Nous pouvons penser qu’il n’a pas osé ou voulu s’engager avec le bien qui lui avait été confié. Son sort final est peu enviable : au lieu de rester avec le maître, il est envoyé au ténèbres extérieures alors que ses collègues se voient confiés encore des biens et de plus grand biens : celui qui a été fidèle pour peu de choses s’en voit confié de plus grandes. Bien sûr il ne s’agit pas seulement d’un bilan comptable. L’enjeu de cette parabole est de nous faire mesurer la confiance que le maître nous fait et également l’image que nous nous faisons de ce maître.
Dans le contexte de ce retour de voyage du maître, de cette fin des temps , il nous est rappelé que les biens du Seigneur nous ont été confiés et bien partagés. L’homme est vraiment responsable et sa mission est pleine et entière. Il est appelé à agir au nom du maître et à faire fructifier le bien de Dieu. Dans la parabole, ces biens sont une richesse, une monnaie d’échanges : il en est l’intendant. Dans la réalité, prendre soin sur la terre de ce qui appartient à Dieu recouvre tout le créé : tout ce qui porte la marque du Créateur et du Seigneur de l’univers. Être lieu tenant de Dieu sur la terre, c’est manifester à la fois que tout vient de Lui et que tout retourne à lui. Tout lui appartient et la manière même dont nous nous engageons à respecter la Seigneurie de Dieu, est une expression de cette présence divine malgré son absence ou son silence apparents. Être serviteur c’est dire que Dieu reste présent dans son univers : ses biens sont à notre disposition dans la mesure où leur origine et leur fin sont bien rendus visibles. Que l’on pense à la nature, au temps, à l’espace, aux personnes en lien avec les serviteurs. Tout est à Dieu. Tout est pour Dieu. Et ses serviteurs le manifestent avec lumière et force. Nous ne pouvons pas enterrer la beauté, la grandeur et la gloire du maître de toutes choses. Cette parabole recadre l’enjeu de nos existences et donne le sens ultime de nos actes et de l’utilisation de tous nos biens sur la terre.
Ce retour du maître correspond aussi à la fin de l’histoire humaine ou à la fin de notre vie. Saint Paul nous dit comment se fera la venue du Seigneur en ce monde. Le jour du Seigneur viendra comme un voleur dans la nuit : on imagine que c’est à l’improviste, brusque et non voulu. Ces traits trahissent la non maîtrise de l’homme sur le temps et l’espace : les dates, les circonstances. L’homme n’est pas totalement maître de son destin et surtout il ne peut ni retarder ni prendre de vitesse la venue du Seigneur. Saint Paul ajoute cependant que si nous sommes des fils de la lumière, nous n’éprouverons pas de crainte, de peurs ou de désespoirs même dans la ténèbre. Car les fils du jour sont en Dieu : dans le temps de Dieu. Ils ne peuvent pas être surpris dans un désaccord avec eux-mêmes ou leur état. Leur temps est déjà ou toujours celui de Dieu. Ainsi sont-il appelés les baptisés : ceux et celles qui vivent dans une lumière qu’ils ont reçus et qui éclaire chacun de leurs gestes et de leur paroles. Vivre sa vie, c’est ainsi ne pas en attendre une deuxième. Vivre sa vie, ce n’est pas en faire un brouillon mais directement une œuvre définitive à la gloire de Dieu. Comme dans la parabole, Paul nous rappelle qu’il nous faut nous engager dans le mystère de notre salut et ne pas procrastiner ou hésiter indéfiniment : ne pas rester endormis mais être vigilants et sobres. Chaque instant de nos vies est en lien avec l’éternité. Chaque action a une saveur d’éternité.
A cette lumière nous pouvons recevoir la leçon de la première lecture qui est toujours délicate à commenter dans notre culture et pour celui qui prêche et qui est un homme. Le livre des Proverbes est pourtant un livre de sagesse. Et ce texte est plein d’audaces et de provocations puisqu’il cherche à définir ce qu’est la femme vaillante. Comment parler de la figure de la femme aujourd’hui et dans l’Eglise ? Il nous faudrait du temps. Malgré les différences culturelles, voyons combien dans l’écriture cette figure se révèle dans le concret de la vie : « sa main saisit la quenouille, ses doigts dirigent le fuseau ». Nous suffit-il de traduire qu’aujourd’hui ce type de femmes parfaites fait ses commandes sur Amazone ? Le portrait offert est plus profond car les activités de la femme sont finalisées au bonheur de l’homme masculin tous les jours de sa vie. Il est dit aussi qu’elle tend la main au malheureux. Elle est précieuse parce qu’elle vit le moment présent : elle est prête à la venue de son unique Seigneur. Cette femme vaillante est parfaite à condition de la regarder avec le regard même de Dieu : « la femme qui craint le Seigneur, est seule digne de louange ». Ce ne sont pas les talents humains ou la richesse qui définissent la femme parfaite. C’est la manière dont la femme s’engage et participe à l’intimité de son Dieu qui fait sa richesse. C’est d’ailleurs ainsi qu’elle révèle à l’homme sa finalité dernière. Si la femme n’est pas prête, comme tout baptisé, à la venue du Seigneur, ses frères et sœurs peineront à s’engager radicalement à la suite de ce Seigneur.


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