dimanche de la miséricorde

dimanche 11 avril 2021
par  Alain Mattheeuws

Homélie du dimanche de la miséricorde (Ac 4,32-35 ; Ps 117,2-24 ; 1 Jn 5,1-6 ; Jn 20,29)

Le temps pascal diffracte et dilate pour nous le grand mystère de la Résurrection du Christ. Un homme a vaincu la mort. Parce qu’il est le Fils de Dieu, il est capable de vaincre toute mort en nous et dans le monde. Il nous rend témoins de cette puissance et nous fait participer là où nous sommes au déploiement de cette puissance de vie, de gloire, de guérison, de salut. Cette puissance est miséricorde.
Cette puissance est visible dans les petits et les grands événements. Dans la communauté qui grandit et que nous décrivent les actes des apôtres. « La multitude des croyant avait un seul cœur et une seule âme » : cette unité est un signe du monde nouveau issu de la grâce du ressuscité. Le droit de propriété n’y était pas un droit qui divise, qui sépare, mais qui construit le bien commun, la maison commune dirait le pape François. Ainsi la paix naissait dans le partage, la bienveillance, le souci des autres. Personne n’était dans l’indigence et la communauté grandissait en « âge et en sagesse ».
Ce que nous souhaitons tous pour nos familles et nos communautés, nous sommes appelés à le souhaiter pour tous nos frères et sœurs en humanité. Cette unité de la communauté issue de la Pâque est un don de Dieu auquel il faut consentir pour le partager. L’individualisme et la peur d’autrui sont des freins sérieux à notre témoignage. Nous comprenons mieux combien le partage des vaccins, des soins médicaux, l’accueil des uns et des autres qui peinent dans la vie, appartiennent à l’essence du christianisme. Encore faut-il le faire ! La puissance de la résurrection s’exerce toujours dans le dépassement des frontières et des jugements définitifs. Si tout est calculé, si la gratuité ne ressuscite pas en Jésus Christ, nous restons dans nos tombeaux et dans des modes de vies qui ont perdu leur sens profond.
Cette communion s’enracine profondément dans la foi en Christ : « Qui donc est vainqueur du monde ? N’est-ce pas celui qui croit que Jésus est le signe de Dieu ? » L’amour passe par l’observance des commandements mais ne s’y réduit pas. La miséricorde est toujours une grâce qui dépasse toutes les lois et qui accueille les autres tels qu’ils sont en souhaitant qu’ils soient restaurés d’une vie nouvelle. La Pâque du Seigneur, c’est la Pâque de celui qui « est venu par l’eau et le sang » et qui ainsi donne vie et redonne vie à tous les enfants du Père. La victoire du ressuscité justifie et permet l’accueil de toutes les blessures, de tous les échecs : elle se manifeste dans une miséricorde qui est une nouvelle lumière sur les réalités et les conséquences du mal. Cette miséricorde n’est pas une faiblesse : elle est l’attribut du Christ ressuscité qui dit ainsi le « vrai nom de Dieu ». N’est-ce pas l’ultime révélation de ce Dieu qui est amour ? L’observance de la loi est une manière de ressembler à Dieu dans le concret de nos actes, mais la miséricorde nous permet de ne pas porter l’accueil ou le refus des commandements comme un fardeau ou une condamnation définitive. La miséricorde accomplit toute loi en construisant le ciel déjà sur la terre. La miséricorde permet aux cœurs blessés de vivre à nouveau paisiblement selon la loi qu’est la personne même de Jésus. L’Esprit saint qui est offert par Jésus sur la croix et dans ses apparitions, témoigne que « l’eau et le sang » sont sources de vie pour les baptisés que nous sommes : les sacrements revêtent une nouvelle tonalité dans cette période postpascale. Nous sommes des vivants, malgré nos blessures, nos péchés et leurs conséquences.
Ce que font Jésus et son Esprit dans notre histoire est admirable car la vie partagée est une vie nouvelle. A la fois, nous en ressentons les effets et nous avons à les partager en frères et sœurs tous ensemble. « Heureux ceux qui croient sans avoir vu », dit Jésus à Thomas, présent enfin avec les autres. Cette béatitude est pour nous : elle nous invite à la foi dans cette présence du Christ toujours vivant. S’il apparaît à ses apôtres, c’est pour leur donner plus d’assurance et leur permettre de vaincre toutes peurs. Si nous croyons en Lui, il fait de même pour nous.
Sa parole est éclairante : « la paix soit avec vous ». Elle est reprise régulièrement dans la liturgie et nous atteste que cette assemblée est réunie autour du Prince de la Vie. Chaque eucharistie dans le temps de nos vies est ainsi une fenêtre ouverte sur l’amour de Dieu et son expression privilégiée dans la miséricorde. Le Seigneur nous donne du temps pour le comprendre, pour l’écouter, pour le suivre, pour lui ressembler : le temps de nos vies est déjà une belle miséricorde car il nous permet de nous rapprocher du Christ ressuscité et de lui ressembler de plus en plus.
Dans la vie de tous les jours et dans les sacrements, « l’eau et le sang » nous font revivre et nous remettent debout. Ce regard qui reconstruit, qui pardonne, qui remet en route, est le regard même de celui qui a vaincu la mort. Seul le Christ est capable de tirer un bien d’un mal et de nous remettre d’aplomb personnellement et même comme son peuple. Cette puissance nous dépasse et pourtant nous en profitons tous les jours dans les pardons offerts et reçus. Cette puissance de vie est confiée à l’Eglise qui devrait être le lieu de la naissance ou de la renaissance, le lieu d’une conversion qui rend heureux les uns et les autres.
Ainsi le Christ souffle-t-il sur ses apôtres : ce signe tout simple manifeste que l’Esprit de vie, l’Esprit créateur et recréateur, peut souffler en nous et sur nous : « Recevez l’Esprit saint, à qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus ». Au nom du Ressuscité, l’Eglise est le lien privilégié non pas de la dénonciation du péché, mais de la restauration de l’innocence. Le souffle divin refait toute chose nouvelle et nous sommes appelés aussi à mettre la main à la tâche. Cette puissance de la miséricorde dans le sacrement de la réconciliation et dans tout ce qui le précède, est la preuve que notre Dieu est un Dieu de vie. Il est la vie par excellence : il l’a donnée en plénitude sur la croix et il la redonne à chaque instant de ses apparitions personnelles. Ainsi la victoire du Christ est-elle la victoire d’un amour qui ne connaît pas de limites et qui touche l’intérieur et l’extérieur de nos vies. La miséricorde est à la fois un manteau qui recouvre toutes les blessures de nos corps mais aussi le tapis intérieur qui revêt l’intime de nos cœurs. Les apôtres ont vu le Seigneur et ont reçu les fruits du ressuscité : nous aussi, nous recevons et nous sommes appelés à partager cette même bienveillance de Dieu vis-à-vis de tous ses enfants. Soyons attentifs à montrer cette miséricorde qui, sans oublier les conflits de nos vies, les transforme en tremplin et en énergie pour être en Dieu déjà sur la terre.