Trinité

lundi 31 mai 2021
par  Alain Mattheeuws

Dimanche de la Trinité (Dt 4, 32-40 ; Ps 32,4-22 ; Rm 8,14-17 ; Mt 28, 16-20)

La Bible est le lieu privilégié de la Révélation divine. A travers tous les livres qui constituent cette Bible, les genres littéraires différents, la jointure entre le premier et le deuxième Testament, nous découvrons petit à petit « qui est Dieu » et « ce qu’il nous demande ». Ce qui est remarquable de constater, c’est que Dieu établit un dialogue et même une alliance avec son peuple et avec toute l’humanité. Dieu est parole et il a un visage, il parle et il attend la réponse libre de son peuple et des membres de son peuple.
A l’époque de Moïse, après la libération d’Egypte et le don des commandements, nous découvrons par les écrits que depuis la création, Dieu prend soin de son peuple et lui parle : « Est-il un peuple qui ait entendu comme toi la voix de Dieu parlant du milieu du feu, et qui soit resté en vie ? » Moïse nous le rappelle. Dieu s’est choisi un peuple et l’a libéré de l’esclavage : et pour rester libre il lui a offert ses commandements et ses décrets. Le don de la loi existe pour rester heureux et avoir longue vie. Tout ce dialogue de l’Alliance affirme clairement que Dieu est unique : il est aussi le trois fois « saint ». L’enseignement dans l’histoire d’Israël est de découvrir qu’il n’y a pas plusieurs dieux comme chez les païens mais que Dieu est l’unique qui donne vie à son peuple et le protège. « Heureux le peuple dont le Seigneur est le Dieu » car « nous attendons notre vie du Seigneur ». Mais ce premier Testament nous fait pressentir un mystère dans cette unité.
Cette révélation d’un Dieu personnel se fait de plus en plus précise au fil du temps. Car s’il est bien le Dieu « Un », son mode d’action sur la terre nous dit qu’il est « interpersonnel » : il est Tri-unité. Il est Trinité. Des mots nouveaux apparaissent dans la bouche de Jésus et ils nous disent son mystère. Ils nous indiquent que cette unité divine s’exprime en trois personnes qui ont chacune leur mode d’expression et leur mission tout en restant intimement en communion : un seul Dieu en trois personnes. Nous découvrons un « monothéisme » riche et complexe que ne reconnaissent pas les juifs et les musulmans.
La naissance de Jésus et sa vie publique nous attestent qu’il est bien le Fils de Dieu, le Messie annoncé, le Sauveur, « le chemin, la vérité et la vie », la porte des brebis. Sa parole et ses gestes de puissance montrent non seulement qu’il est un grand prophète mais qu’il est vraiment Dieu parmi les hommes : Emmanuel. C’est bien la signification de son nom. En Jésus nous découvrons un visage parfait mais humain de Dieu. Et quand Jésus parle et agit, il est dans l’obéissance filiale au Père. « Qui m’a vu, a vu le Père », dit-il à Philippe. Jésus nous révèle le Père et nous mène à Lui en nous gardant auprès de Lui. Et lorsqu’il monte au ciel au jour de l’Ascension, il nous envoie en mission. Les disciples sont ainsi appelés à vivre de la puissance du Christ qui leur demande : « Allez, de toutes les nations faites des disciples. Baptisez-les au nom du Père, et du Fils et du saint Esprit ». Etre plongés dans la mort et la résurrection du Christ, c’est être plongés dans le mystère interpersonnel de la Trinité. C’est participer intimement, déjà sur la terre, à leur relation d’amour mutuel. Le désir de Dieu est de nous faire entrer dans cette communion trinitaire et nous en faire vivre. C’est comme un feu brûlant dans lequel nous serions conviés de brûler nous aussi. Entrer dans une seule flamme alimentée par trois feux dévorants d’amour.
Suivre Jésus, c’est suivre et ressembler de plus en plus au Fils de Dieu. Nous sommes appelés à vivre selon l’Esprit qu’il nous a envoyé. « Tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu ». L’Esprit saint est une personne qui n’a pas de « visage » propre, mais qui a le visage de ceux et de celles qu’il aime et dans lesquels il habite. Sans nous envahir et nous enlever notre liberté, il demeure en nous pour nous rappeler et « nous attester que nous sommes enfants de Dieu ». Cet Esprit, c’est l’Esprit de Jésus qui se partage et habite en nous. C’est le même Esprit pour tous. Il est la source de notre joie. Il dit que Dieu tout entier est présent en nous et qu’il établit une communion avec Lui. C’est un Esprit qui enlève toute peur et nous établit dans l’action de grâce. C’est le même Esprit qui nous rend frères et fils d’un même Père : « c’est en lui que nous crions « Abba », Père ». L’Esprit se partage à chacun de nous comme le corps et le sang du Christ sont partagés à chacun de nous. Nous sommes placés dans une communion divine qui nous dépasse : nous ne construisons rien car tout nous est donné d’une présence intime et forte.
Notre foi en Dieu nous rattache au Dieu unique, mais nous percevons sa richesse interpersonnelle. Par grâce, nous entrons ainsi dans tous nos actes, nos pensées et nos gestes dans l’intimité trinitaire : un monde nouveau s’établit en nous et hors de nous. Cette habitation divine en nous change notre regard sur les autres et sur ce qui nous arrive. Nous percevons que tout le réel est habité d’une présence invisible qui se rend visible en nous et par nous. « Et moi, je suis avec vous jusqu’à la fin du monde », nous dit Jésus en montant au ciel. Cette présence n’est pas qu’un souhait, elle n’est pas qu’un rêve : c’est une vraie présence. Cet invisible qui est visible en nous et autour de nous, c’est déjà le ciel sur la terre : l’assurance que nous sommes faits pour « voir Dieu » et pour « vivre en sa présence ».
Une des manières les plus simples de fortifier notre foi en la Trinité est de faire le signe de la croix : cette bénédiction dit sur notre corps ce qui se vit dans notre cœur. Nous disons notre foi dans la Trinité par le signe de croix.