homélie sur l’exigence évangélique

dimanche 26 septembre 2021
par  Alain Mattheeuws

exigence évangélique

Homélie du XXVIe dimanche : Nb 11,25-29 ; Jc 5,1-6 ; Mc 9, 38-48

Dans la nuée, le Seigneur prit une part de l’esprit qui reposait sur Moïse et le mit sur les 70 anciens. Et même deux hommes restés dans le camp se mirent à prophétiser. Les dons de Dieu se partagent, se répandent et telle est la volonté du Seigneur : la leçon de ce récit est bien de nous dire la puissance de Dieu qui est pour tous. Et ce partage ne diminue pas la force de l’Esprit : pour tous, il s’agit du même Esprit, don de Dieu. Face aux craintes et aux jalousies, la réaction de Moïse est claire. « Ah ! si le Seigneur pouvait faire de tout son peuple un peuple de prophètes ».
Ah si la sainteté pouvait resplendir totalement sur tous nos visages, sur tout le peuple de Dieu, sur toute l’humanité ! Parfois, lors des anniversaires et des fêtes, nous percevons les cadeaux comme des gestes d’amitié mais ils suscitent aussi un esprit de comparaison. Pourquoi pas moi ? Dans la vie spirituelle d’une famille, nous nous comparons et regrettons de n’être pas aussi ouverts et bons que saint François : nous en oublions tout le travail que Dieu fait en nous et comment il nous transforme. On compare les dons et les charismes reçus : souvent on n’est pas content. La comparaison et la jalousie détruisent en nous la croissance de la sainteté surtout quand nous parlons de l’amitié divine, de la prière, de vertus, d’excellence chrétienne. Un peuple de prophètes, un peuple de témoins, un peuple de saints : nous avons à y aspirer pour tous. C’est une manière de concrétiser cette demande du Notre Père : « Que ton règne arrive ».
Par contraste, Jacques nous rappelle avec une vigueur qui annonce l’évangile, le poids de la richesse dans la vie. « Bien mal acquis ne profite jamais », nous dit un dicton populaire. Toute richesse n’est pas mauvaise, mais celle qui se colle ou naît de l’injustice mène à la mort du cœur. « Vos richesses sont pourries », dit Jacques ; « votre or et argent sont rouillés ». Amasser des richesses alors que « nous sommes dans les derniers jours » est absurde, inadéquat et inadmissible surtout si ces richesses viennent de la spoliation des ouvriers et des moissonneurs. Si les riches tuent le juste et mènent une vie de luxe et de délices sans se questionner et sans changer de vie, comment pourront-ils accéder au Royaume de l’amour ?
L’usage de la richesse dénoncé dans le texte est vigoureux car il montre les injustices dont elle est issue le plus souvent et l’aveuglement qu’elle exprime. Nous le voyons tous les jours au niveau des nations, du rapport nord-sud, de la distribution des vaccins, de l’accueil ou pas des migrants, du prix pour l’acquisition d’un joueur de football. Cette démesure de l’argent, ces critères économiques qui prévalent sur des valeurs humaines touchent nos consciences et devraient non seulement nous faire réfléchir mais aussi agir, chacun à sa mesure. Nous sommes tous riches en quelque chose. Le salut des riches est aussi en Christ : il passe par le partage abondant de leurs richesses car nous ne sommes que des intendants des biens de la création et nous ne pouvons pas laisser mourir nos frères de faim et de maladie.
Le dialogue entre Jésus et ses disciples nous fait entrer dans un autre style de combat : un combat radical sur terre pour se prononcer pour ou contre le Christ. « Celui qui n’est pas contre nous est pour nous ». On ne peut rester « neutre » face à l’appel du Christ. La liberté est convoquée : il faut choisir. Il n’y a de moyen terme, de milieu mesuré : au nom de Jésus, tous peuvent entrer dans ce combat de la lumière contre les ténèbres. Et celui qui fait du bien et même un miracle, ou bien « qui donnera un verre d’eau au nom de son appartenance au Christ, « il ne restera pas sans récompense ». Celui qui suit le bon « capitaine » dit Ignace dans la méditation des deux étendards, prend les mêmes moyens de lutte que le Christ lui-même.
Etre dans le camp du Christ, c’est aussi y être tout entier et pour toujours. La radicalité de ce choix libre et conscient transparaît dans les exemples offerts : « si ta main est pour toi une occasion de chute, coupe-la » : « si ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-le ». Il s’agit d’entrer dans la vie éternelle et non pas dans la géhenne de feu. L’enjeu concerne la vie éternelle : celle qui a déjà commencé sur notre terre. Le salut a un prix. L’amour de Dieu n’est pas un édulcorant de notre liberté et de notre capacité à nous donner tout entier.
L’amour de Dieu est un trésor qui n’a pas de prix, comme la perle précieuse. Le seul qui ait vraiment payer entièrement cette dette de l’amour, c’est le Fils lui-même en sa passion et sa résurrection. En son nom, les apôtres et tout homme de bonne volonté chassent des démons, les riches se convertissent et l’unique Esprit de Dieu envahit l’univers et l’humanité tout entière. La radicalité évangélique n’est pas une sanction, une exigence sectaire : elle est le témoin de l’immensité de l’amour divin, de l’enjeu de la venue de Jésus sur terre. Elle enracine notre bonheur dans ce qui est essentiel et pas seulement dans ce qui est éphémère et qui passe. Cette radicalité est pour notre joie et pour celle avec qui nous vivons sur la terre. Prions pour la recevoir en partage.