L’Ascension

jeudi 26 mai 2022
par  Alain Mattheeuws

Ascension 2022
Ac 1,1-11 ; Ps 46, 2-9 ; He 9,24-28 et 10, 19-23 ; Lc 24, 46-53.

L’Ascension est une grande fête qui nous appelle à une foi nouvelle et nous offre des paysages nouveaux à découvrir chaque année. En français, qui dit « ascension » indique une montée, une progression, un chemin vers un sommet. Pour Jésus aussi, ce mystère de l’Ascension indique une étape, un passage, des retrouvailles avec la réalité divine en gloire. Le Fils de Dieu marche vers le Père : le Ressuscité est comme attiré vers la gloire du ciel. La gloire dont il s’agit, c’est le fruit de sa passion et de sa mort. Cette dernière rencontre avec le Ressuscité à Béthanie est source d’enseignement pour ses apôtres et pour nous aussi en cette fête.
Tout d’abord Jésus leur donne une mission. Il leur promet le don du saint Esprit. « Vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ». Il leur demande d’être témoin sur la terre d’une Bonne Nouvelle. Cette annonce est précieuse : nous croyons que le Christ nous a révélé le visage du Père, qu’il a vécu parmi nous, qu’il a souffert, qu’il est vraiment mort et est vraiment ressuscité pour nous sauver et nous prendre éternellement dans son amour. L’essentiel de ce que nous avons entendu et vécu durant ce temps pascal, ne peut pas rester comme un secret pour quelques-uns. L’essentiel de la foi nous est confié pour le partager. Le Christ donne à ses disciples un mandat de mission : une vraie responsabilité envers le monde dans lequel ils sont et nous avec eux. Dans d’autres évangiles il nous est raconté que le Christ nous demande d’aller baptiser toutes les nations, d’aller jusqu’aux extrémités de la terre. Les apôtres sont des juifs, membres d’une nation particulière, mais le Christ leur montre l’ampleur de leur témoignage parmi les nations : c’est à tous qu’il convient de dire qu’il n’y a qu’un seul Dieu, que son Fils Jésus est vraiment ressuscité et que la vie éternelle commence avec Lui.
Ensuite l’image qui nous est offerte dans l’Evangile est celle d’un paisible départ : « Levant les mains, Jésus les bénit. Et tandis qu’il les bénissait il se sépara d’eux et il était emporté vers le ciel ». Cette séparation n’est ni rupture ni abandon. L’envoi en mission est un acte de confiance : cette confiance est redoublée dans la bénédiction du Christ lui-même vis-à-vis de ses apôtres. La bénédiction, c’est la manière dont nous disons et nous voulons du bien pour autrui. Jésus s’en va, mais son regard et ses mains disent encore et toujours l’amour dont il aime ses apôtres et tous les hommes. Ce départ n’est pas une fin, n’est pas une mort : c’est un nouveau type de présence.
Ce départ du Christ est hautement symbolique : cette montée n’indique pas que le ciel est un lieu physique qu’il va rejoindre comme une fusée lancée de la terre vers une planète. Jésus est emporté dans un mouvement d’amour vers le Père. Il entre et il est caché par la Nuée qui dit déjà la présence du saint Esprit. Cette ascension est dans le temps : à un moment donné de l’histoire des apôtres et également dans notre temps de vie, le Christ ressuscité est monté à la droite du Père. C’est comme si le Christ continuait et perfectionnait l’élan spirituel de sa Pâques : il passe d’un temps de sa vie à un autre temps. Il accomplit cette ascension d’amour et nous entraîne avec Lui. A chacun son heure de monter vers le Père, à chacun son appel à rejoindre le Père des cieux en sa compagnie et en compagnie de tous les saints. Jésus nous montre en tout cas qu’il y a un chemin qui va de la terre au sanctuaire des cieux. Il ne s’agit pas de retourner au jardin d’Eden, il faut entrer avec le Christ dans les cieux. Il nous invite à le prendre non pas en restant assis à regarder le ciel sans cette présence divine mais à regarder la terre en observant toutes les traces de sa pâque dans le temps et dans l’espace qui sont les nôtres. « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller au ciel ».
Ce passage du ciel vers la terre et de la terre au ciel, représente la pâque que nous sommes appelés à vivre dès aujourd’hui et qui peut prendre fin dans les bras du Père. Notre histoire est un passage qui mène au Christ sauveur : ce va et vient est un dynamisme de l’amour. Notre vie est une montée avec le Christ et cette montée qui présente des hauts et des bas dans la vie ordinaire est vivifiée par l’Esprit saint jusqu’à la fin des temps. L’ascension du Christ nous entraîne dans nos vies à monter lentement mais sûrement vers le Père. Le Christ nous entraîne avec Lui et ce mouvement du Ressuscité est irrésistible même s’il prend pour chaque personne le temps d’une vie et qu’il passe par le même don de soi que le Christ en son corps.
L’Ascension du Christ n’est pas un phénomène technique ou sportif, c’est un événement unique de la vie du sauveur qui entre désormais dans un sanctuaire spirituel, dans un « milieu divin » dirait peut-être le père Teilhard de Chardin. Ce que nous faisons graduellement, le Christ le réalise une fois pour toutes en accomplissant sa Pâque. Il entre dans un sanctuaire non pas de main d’homme, mais interpersonnel : c’est l’intimité relationnelle du Père et de l’Esprit. Il y est entré par ses souffrances. Sa Pâque témoigne d’un changement de son corps : glorifié, il a détruit tout péché et tous les effets du péché dans le corps, mais il garde les signes de la crucifixion.
Il a restauré l’alliance entre Dieu et les hommes. Il entraîne toute l’humanité et toute la création avec Lui vers ce grand mystère trinitaire. Il en est le vrai et l’unique grand-prêtre. Il s’est offert et il nous a offert au Père. Aujourd’hui, nous célébrons une part de ce mystère dans l’attente de l’envoi de l’Esprit saint promis. C’est pourquoi malgré les apparences d’une disparition et d’un départ, cet évènement suscite l’acclamation et la joie : « Sonnez pour notre Dieu, sonnez. Sonnez pour notre roi, sonnez ». Faisons comme les disciples : retournez à Jérusalem, le lieu de la prière et de la joie. Restons dans le Temple et bénissons Dieu pour tout ce qu’il fait pour nous.