Arènes J. (Quel avenir pour la famille ?)

mardi 1er janvier 2008
par  Alain Mattheeuws

ARENES J. e.a., Quel avenir pour la famille ? Le coût du non-mariage, Paris, Bayard, 2006, 21 x 15, 255 p.

Dans nos sociétés occidentales, la conjugalité fait l’objet de choix de vie et de formes d’union désormais multiples. Ces choix apparaissent en même temps qu’un phénomène de fragilisation sans précédent du mariage civil et religieux. Non seulement on se marie de moins en moins, mais on se sépare de plus en plus. Des corrélations peuvent être établies entre ces faits. L’objectif de ce livre est d’une toute autre ampleur réflexive. Suscité par une démarche des Associations familiales catholiques, divers chercheurs ont été invités à aborder la conjugalité sous un même angle, fort original, comme en creux : celui du « coût du non-mariage ». Les enjeux philosophiques cernés rapidement par J.M Ghitti concernent la dynamique des mœurs envisagées de manière normative ou descriptive (p.24) dans l’ensemble des interventions. La définition du concept de « non-mariage » est très heureusement développée par P. Benoit. Le « non » implique une privation, une voie originale de réflexion, une complicité avec la mentalité « utilitariste » : en fait, la réflexion doit aller jusqu’au bout et évaluer le « coût anthropologique (p.40) et éthique (p.43) ». C’est à ce prix que l’originalité du mariage catholique peut probablement apparaître. Il s’agit bien d’une question sociale comme l’explicite avec bonheur G. Eid (p.69). Son aspect juridique est incontournable (p.97). Ce développement magistral étonnera ceux qui n’ont pas de formation juridique : il montre de manière éclairante l’évolution dans le domaine du lien et les glissements opérés ces dernières années. Cette partie très objective nous conforte sur la capacité du droit à « traduire les mœurs d’une société » et sur la nécessité, comme le souligne l’a. d’une éthique même du droit à développer. On trouvera de précieux renseignements sur le mariage, la filiation, le concubinage, le PACS, les unions de fait et leurs conséquences sur les personnes concernées. J.M Ghitti montre avec brio l’influence du non-mariage sur l’idéal de la démocratie. Le maître-mot est celui de « confusion » : du public et du privé, des pouvoirs, du psychologique et du juridique, du normatif et du juridique. En un mot : il y a crise du modèle démocratique.

L’intérêt ne faiblit pas si on lit le « coût psychique » (J. Arènes) du non-mariage. L’a. nous y donne des mots pour nommer les types de souffrance qu’on observe et pour expliciter tous les non-dits des options contemporaines. Comment s’opèrent les séparations ? Quelle est la figure du père qui disparaît ou tâche de se dire à travers les dénis et les conflits ? Comment se situent les générations face à une autorité qui ne se dit plus de la même manière ? « L’individu moderne est de plus en plus seul face à son angoisse d’abandon » (p.227). Le non-mariage y participe certainement. Faudrait-il faire nôtre la thèse de W. Granoff que l’a. cite : « La décision de se rendre le père, de le ré instituer après l’avoir écarté… peut seule arriver à fonder le réel » (p.227). X. Lacroix finalement plaide avec brio pour l’articulation saine et concrète de la conjugalité et de la parentalité. Paroles de sagesse qui ne nient pas la disjonction et ses effets et manifestent tous les enjeux de cette articulation dans l’unité de la filiation qui définit tout être humain et lui donner « souffle ». L’originalité de la réflexion théologique y apparaît dans toute sa lumière. En sa foi dans le dessein Créateur du Dieu unique, l’Eglise catholique ne sert pas une idéologie, mais elle dit toujours au mieux pour l’époque où elle vit et avec d’humbles paroles, ce qui est bon pour que l’homme reste homme dans sa différence sexuelle et de génération. Les enjeux théologiques du non-mariage ne sont pas minces. L’ensemble des interventions les manifestent et plaident, sans complaisance et avec une convergence qui donne à penser, pour une richesse anthropologique et spirituelle contenue en soi dans le lien conjugal et matrimonial.

Alain Mattheeuws dans NRT 130/1 (2008) 132-133.