Unité morale et symbolique de l’acte conjugal

mercredi 22 juillet 2009
par  Alain Mattheeuws

Unité morale et symbolique de l’acte conjugal

L’acte conjugal pose toujours un défi moral aux époux car le poser ou y renoncer n’a de sens que dans l’amour. Le carrefour éthique ne peut être qu’un carrefour d’amour. Aimer l’autre, c’est vouloir son bien et s’engager activement et librement dans des actes et des paroles. Pour les époux, c’est toujours vouloir également le « bien du couple ». Mais le conjugal est toujours lié au parental. Et l’humain n’est jamais en dehors du plan de Dieu, surtout pour des baptisés sacramentellement unis dans le sacrement de mariage. Comprendre la portée morale d’un acte contraceptif suppose de comprendre la grandeur de l’acte conjugal qu’il blesse. Voir la différence essentielle entre l’acte contraceptif et le risque abortif est possible raisonnablement, même si les pratiques, les médicaments et les mentalités poussent à les confondre. Un acte blesse, un autre tue. Ce n’est pas la même chose, même si les deux actes sont graves et engagent toujours la liberté de l’un ou/et de l’autre époux.

La grandeur de l’acte conjugal

Il a la puissance d’unir intimement l’homme et la femme. Il les unit aussi à Dieu. Il a cette puissance créatrice qui en fait le « berceau » d’une vie nouvelle et rend ainsi les époux contemporains de l’acte créateur. La tradition chrétienne a toujours compris l’acte conjugal et la mission des époux sous la forme d’une collaboration à l’action créatrice de Dieu. Ils sont des « coopérateurs », des « cocréateurs », des « serviteurs » de la paternité de Dieu.
L’originalité de cet acte, par rapport à d’autres actes de tendresse, est dans sa double signification, « unitive et procréative », présente chaque fois qu’il est posé. Il fait ce qu’il dit : il est performatif même s’il ne produit pas toujours les mêmes fruits « biologiques ». Les « significations » de cet acte ne sont pas sentimentales : elles disent, dans le corps à corps conjugal, les intentions personnelles des époux. Chaque fois qu’ils se donnent l’un à l’autre, ils sont responsables de leur amour et de la vie qui en surgit. Cette fécondité est liée à la puissance de communion personnelle des époux. Elle s’exprime parfois dans la conception d’un enfant en respectant les limites du corps masculin et féminin.

La contraception

Elle n’est pas d’abord un geste technique, artificiel ou naturel. Avant, pendant ou après l’acte conjugal, elle est la décision morale, libre et consciente, par laquelle les deux aspects essentiels – unitif et procréatif – sont de facto séparés, déliés, disjoints. Le « lien indissoluble que Dieu a voulu et que l’homme ne peut rompre de son initiative, entre les deux significations de l’acte conjugal » (Humanae vitae n°12) : ce lien est volontairement rompu dans l’acte contraceptif.
Nous peinons à comprendre la force morale de l’unité symbolique des deux significations de l’acte conjugal. L’enjeu est le suivant : toucher à l’union, c’est toucher à la procréation et réciproquement. Refuser d’assumer l’une, c’est blesser l’autre et surtout blesser l’amour. L’accueil du conjoint et l’ouverture à l’enfant sont toujours liés dans l’amour. Don de l’amour et don de la vie font « un » ! Dissocier volontairement ce don, c’est poser un acte contraceptif, entrer dans une mentalité ou un style de vie contraceptif.
Il s’agit de « parler vrai » avec son corps et de s’aimer en assumant le langage du corps tel qu’il est dans l’étreinte. Cette loi n’est pas « biologique », mais c’est une loi de l’amour. Le corps sexué dit ce qu’est la personne et ce que veut la personne. Ses intentions doivent y correspondre. Viser une « signification » en oubliant ou en refusant l’autre qui est présente dans le même acte, c’est se tromper, opérer et vouloir une dissociation qui fait mal à l’amour.
L’enseignement de l’Eglise a toujours fait une distinction entre la contraception et l’avortement. Dans la pratique, la contragestion est souvent utilisée comme « ultime moyen contraceptif » pour arriver à une efficacité convenable ou totale. Les contragestifs utilisés (RU 486, Norvelo) empêchent la nidation de l’embryon. Qu’un enfant soit conçu ou pas, ceux qui prennent un contragestif prennent le risque d’avorter. Leur intention « contraceptive » est de fait une action abortive. Ce glissement pratique marque une étape de la maîtrise sur la transmission de la vie. Ce carrefour est également éthique. Il est bon d’en être conscient pour chercher à faire le bien. Dans ce domaine la force de Dieu et son pardon sont lumière : ils éclairent les décisions des époux et de leurs conseillers.

Alain Mattheeuws s.J.
Professeur de théologie morale et sacramentaire
Institut d’Etudes Théologique (IET). Bruxelles

Dans la revue Il est vivant n°262 (Juillet-août 2009) p.26.


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