Bruguès J.-L. (La fécondation artificielle au crible...)

vendredi 1er mai 1992
par  Alain Mattheeuws

BRUGUES, Jean-Louis, La fécondation artificielle au crible de l’éthique chrétienne, Communio, Fayard, 1989, 302 p.

Après un état de la question de la partie technique de la Fivete (Ch. I), l’auteur aborde de front les soubassements humains et théologiques (Ch. II à VI). Il s’agit de se réjouir tout d’abord du retour de l’éthique. La chouette, emblème de l’éthique, doit ainsi scruter « les mille aspects du monde » (p.47). Dans ce but, « le regard doit se porter au loin, balayant largement en aval et en amont » (p.47). Les perspectives de ces nouvelles techniques sont vertigineuses (p.44-47) : ne rêve-t-on pas d’une procréation de convenance ? L’auteur dénonce l’apparente innocence des techniques, des corps médicaux et des biologistes pour mettre en évidence avec une force de plus en plus grande (Ch. IV, V, VI) l’état d’innocence de l’embryon, celui qui est en question à tout instant et qui est La question et l’horizon de tous ces débats.
Ce travail de “chouette” qui lui permet de voir « la nuit », le mène à discuter avec le “cavalier”, symbole des praticiens de la Fivete. Mis à part les positivistes, ne sont-ils pas menés dans leur course par deux courants principaux : l’éthique de la « pure subjectivité » ou celle des « risques proportionnées » ou des “conséquences” ? Tout en rendant compte de ces positions, l’A. en montre avec netteté les apories actuelles. « L’un et l’autre s’avèrent incapables de fonder le concept de personne humaine et de justifier les droits qui lui sont attachés » (p.85).
La chouette fait amitié ensuite avec le paysan pour approfondir les enjeux du débat. Le paysan est à la fois l’homme de la “lecture”, celui qui déchiffre (p.90) le monde comme “création”. Il faut lire le monde pour « se saisir soi-même ». Cette partie est un plaidoyer pour la raison qui trouve sa place et sa légitimité dans une lecture du monde créé dont l’homme est à la fois l’intendant et l’artisan. Ce paysan paradoxalement est l’homme du progrès car il est l’homme de la mémoire. C’est, nous semble-t-il, une des parties les plus originales de cet essai. L’A., thomiste de tradition et de vocation, accorde à la mémoire un statut particulier (et nouveau !) qui en fait certainement une faculté. La mémoire n’est pas accidentelle à l’homme. Elle appartient à son être. Elle est traversée d’esprit. L’homme sans mémoire perd son identité. « Notre avenir, dit-il, dépend très exactement de la santé de notre mémoire. Il faut des valeurs-mères pour que soient enfantées des valeurs-filles » (p.105). « Une fois dégagée, une valeur morale ne peut plus disparaître »(p.104). Le paysan est cet « expert en humanité » qui restitue l’homme à lui-même et qui redit à chaque génération sa dignité intrinsèque, la singularité de chaque personne, le sens de son corps sexué...Réveillons le paysan qui est en chacun de nous pour ne pas esquiver les questions de l’Etre par l’“émotivism” (p.215).
C’est dans cette optique que l’auteur aborde les questions du « désir d’enfant », de la dissociation de parentés et de ses effets sur l’enfant, le couple, le tiers donneur. Son dernier chapitre fait “place” à l’embryon et dénonce les sophismes utilisés par différents auteurs en vue de réduire ses droits inaliénables. Le registre des “manipulations” manifeste souvent la primauté concrète de la volonté sur l’être. Prenant appui sur l’Instruction « Donum Vitae » autant que sur une argumentation personnelle, l’auteur réaffirme le lien entre la défense des droits de l’homme et celle des nouveaux droits qui surgissent pour l’embryon dans le contexte des techniques nouvelles.

A. Mattheeuws dans NRT 114 (1992-2) 271-272.


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