La confirmation

mardi 1er février 2005
par  Alain Mattheeuws

La confirmation

L’évêque appelle le futur confirmé par son nom de baptême. L’enfant ou l’adulte qui s’avance n’est pas un inconnu pour l’Eglise. Il est un enfant de Dieu capable de dire « Me voici » et d’affirmer sa foi avec d’autres. Le rite essentiel est l’onction du saint chrême sur le front, accompagnée de l’imposition des mains, et les paroles : « Sois marqué du signe de l’Esprit saint, le don de Dieu » . Pour un adulte baptisé la nuit de Pâques, la confirmation suit immédiatement le baptême. On ne s’arrête pas en chemin car l’heure vient où le corps et le sang du Christ donneront vie éternelle au nouveau baptisé. La chrismation n’est pas facultative : elle dit, pour l’adulte comme pour les enfants et les adolescents, que l’enfant de Dieu est sur le « bon chemin ». Elle le confirme dans ce qu’il connaît de Dieu et l’entraîne dans les profondeurs de son amour. Ce sacrement n’ajoute apparemment rien. C’est pour cela qu’il nous déconcerte et que souvent nous peinons à l’expliquer ou à le vivre. La confirmation est un signe « ecclésial » incontournable pour comprendre l’absolue gratuité de l’action de Dieu dans l’histoire. Plus qu’un sacrement du « témoignage », plus qu’une grâce pour rester fidèle au Christ dans l’Eglise, plus que le don de l’Esprit qui anime déjà le cœur du baptisé, la confirmation témoigne du bon chemin parcouru et de la fin du « voyage » : la Pâque du Christ. Même reçue après la première communion, l’onction donne un poids déterminant au mystère pascal qui imprègne toute la vie du baptisé à la suite du Christ.

Une onction de vie

Plongé dans une vie nouvelle, tout baptisé éprouve la consistance de cette vie. La grâce est entrée en sa chair par tous ses pores. Désormais, il ne s’appartient plus. Il est à Dieu. La grâce a fait de lui un « homme nouveau ». La confirmation authentifie cet événement et lui donne une portée ecclésiale forte. Ce qui est peut-être encore caché doit aussi être rendu visible à tous. . Que la Trinité fasse sa demeure en l’homme, qui, sinon l’Esprit, peut nous le faire comprendre et vivre ? L’onction, sous forme de croix, est un signe d’authenticité de cette vie : le baptisé est plongé dans la mort et la résurrection du Christ. Cette immersion est dans le quotidien de sa vie : elle ira jusqu’à la manducation du pain de vie, le pain des forts, l’eucharistie. Dieu marque ainsi chacun « de son sceau et met dans nos cœurs les arrhes de l’Esprit » (2 Co 1,22). L’onction atteste cette vie pascale dans le chrétien et le mène vers la pleine communion au Christ. L’onction est bien celle de « l’Esprit de Jésus qui nous rend libres » (2 Co 3,17 ; Gal 5,13), qui unifie nos vies, qui les fortifie en Lui et dans son Eglise, qui nous envoie en mission. Le sacrement consacre en nous une grâce : celle de renaître de l’eau et de l’Esprit. Pâques et la Pentecôte sont les deux moments qui symbolisent dans l’Evangile l’articulation entre la vie baptismale et la vie dans l’Esprit. C’est le même Esprit qui se déploie pour nous donner la vie.

Une Ecclésialisation

Que ce soit en Orient (par le « Myron » béni par l’évêque) ou en Occident (par la présence de l’Evêque ou de son délégué, par le saint chrême), il semble que doive apparaître clairement par la confirmation le lien du baptisé avec l’Eglise et toute la tradition apostolique. Enfant de Dieu, il convient non seulement de vivre dans cette dignité, mais d’en éprouver la condition dans l’histoire humaine et dans une communauté. La singularité du don reçu au baptême s’universalise : elle devient visible et s’atteste dans l’espace et dans le temps. Elle est pour l’Eglise de ce monde . Les dons reçus sont explicitement reliés à la mission de l’Eglise qui, avec le Christ, est « sacrement de salut pour les nations ». Ainsi tout baptisé qui est confirmé atteste à l’Eglise que sa mission continue dans l’œuvre de l’Esprit.
Le ministre originaire (originarius, non pas seulement ordinarius) de la confirmation est l’évêque. Sa présence manifeste clairement le lien entre l’événement sacramentel et la première effusion de l’Esprit saint sur les Apôtres à la Pentecôte. La Tradition n’est pas la transmission d’un rite convenu : par l’imposition des mains, les confirmés sont contemporains du don de l’Esprit de Jésus à son Eglise. C’est pour souligner ce lien apostolique qu’en Occident, la confirmation est devenue un sacrement distinct du baptême dans le temps. A travers les pratiques variées, l’intention profonde devrait rester celle de confirmer l’enfant de Dieu dans son lien avec Jésus, dans son corps qu’est l’Eglise.

L’Esprit saint et ses dons

Baptisé dans l’Esprit Saint, chaque chrétien est uni intimement à la personne du Christ. L’Esprit s’efface toujours devant le Christ durant sa vie terrestre : Jésus agit dans l’Esprit. Comment connaître l’Esprit sinon par Jésus de Nazareth ? Comment connaître Jésus sinon par l’Esprit qui nous présente à Lui et nous fait vivre en sa présence ? Dans l’histoire du salut, l’Esprit agit et se fait connaître par ses dons. Il est pleinement dans le cœur du baptisé, mais pour l’Eglise et chacun de nous, sa présence s’atteste dans la variété des dons qui surgissent dans la vie chrétienne pour la croissance de la personne et du corps tout entier. Les dons du saint Esprit sont innombrables : ils expriment son être même. N’est-il pas le « Don incréé » ? Ils sont offerts à celui qui s’engage à suivre le Christ dans son Acte pascal.

On parle souvent des 7 dons de l’Esprit : esprit de sagesse et d’intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et d’affection filiale, esprit d’adoration… Ce septénaire dont l’origine trouve ses racines dans la prophétie d’Isaie 61 nous indique la largesse divine, sa souplesse et son respect de la liberté des hommes dans l’histoire. Ils nous décrivent également la personnalité du Messie et nous permettent d’accomplir notre désir de marcher à sa suite dans le concret de l’histoire. L’amour s’adapte à toutes les situations : il nous est impossible de mettre Dieu a quia. C’est bien Lui qui, avec notre libre complicité, tient la clé de l’histoire humaine et lui donne son sens ultime. Ses dons le manifestent dans la surabondance avec laquelle ils sont offerts jour après jour, de générations en générations.

Ainsi la confirmation n’est-elle pas seulement nécessaire et obligatoire. Cette nécessité est grâce ! Elle atteste la gratuité de tout le processus d’initiation.. Tout vient de Dieu. Tout est à offrir aux hommes par nous et en Christ. Un sacrement le dit au baptisé et le redit à toute la communauté chrétienne. Notre mission d’aimer et de « porter du fruit en abondance » surgit d’une plénitude d’amour divin qui déborde jusqu’à nous et nous rend missionnaires, comme par surcroît. L’entrée dans le mystère pascal qui se fait par le baptême et s’accomplit dans l’eucharistie, est « animée » de l’intérieur par l’Esprit qui nous transforme et mène ainsi nos vies.

A.Mattheeuws dans la revue Sanctifier 2 (2005) 8-11