Lacroix X. (La confusion des genres)

mercredi 1er juin 2005
par  Alain Mattheeuws

LACROIX X., La confusion des genres. Réponses à certaines demandes homosexuelles sur le mariage et l’adoption, Paris, Bayard, 2005, 221 x 12, 155 p.

La famille reste le creuset des grands affrontements moraux et sociétaires. Des revendications inédites jaillissent de certains courants homosexuels : donner le statut de mariage à la vie commune entre partenaires de même sexe, adopter des enfants ou procréer avec les nouvelles techniques de fécondation. L’a. aborde ces questions difficiles et tente d’y remettre distinction et clarté. Il dénonce la « confusion des genres » dans ces débats où la tonalité la plus commune est le refus de toute différence, perçue désormais comme discrimination.
Dans la première partie, reprise d’un article intéressant (Etudes 2003), l’a. aborde tout d’abord, - pour le critiquer -, l’apparition du terme « homoparentalité » et les conséquences anthropologiques que certains en tirent. Si l’on distingue à ce point parentalité et parenté, si la différence sexuelle et surtout la dimension « charnelle » de la génération sont niées, « on en reste au flottement des représentations et de l’imaginaire » (p.30). Parcourant les arguments socio-démographiques, celui de la bisexualité et de la pluriparentalité, il en souligne les illusions et les faiblesses pour dire qu’il « serait temps de reconnaître ce que le charnel apporte au symbolique et au relationnel. Le charnel, redisons-le, est plus que le biologique. Il est le lieu de notre affectivité primordiale, à la charnière de l’ontologique et du relationnel » (p.40)
La deuxième partie nous offre encore la reprise d’un bel article (Etudes 2004) sur le mariage homosexuel. Il y décrit les dangers d’une « indistinction » qui devient « désymbolisation » et met en évidence la désarticulation de la filiation qu’opère institutionnellement l’approbation comme « mariage » de l’union homosexuelle.
La dernière partie est élaborée sous forme de questions-réponses. Il s’agit de répondre brièvement à quelques « arguments courants en faveur de l’adoption homosexuelle ». Ce qui compte, n’est-ce pas l’amour ? Où est la différence d’avec un couple hétérosexuel ? Est-ce une discrimination que de s’y opposer au niveau du droit ? Quel est le poids des statistiques ? Ces questions et d’autres sont affrontées en raison et donnent à chaque lecteur de réfléchir et de vérifier leurs enjeux anthropologiques, culturels et spirituels. On trouvera en annexe l’arrêt de la Cour Européenne des Droits de l’homme (Affaire Fretté contre France).
Ce livre est un bel instrument pédagogique pour prendre la mesure des défis moraux et institutionnels posés par ces revendications. Il est un outil précieux pour la réflexion et l’élaboration personnelle d’un argumentaire précis. « L’humain n’est pas malléable à merci. Il peut paraître surprenant que soutenir le sens des mots soit lié au fait de rappeler la place du corps, mais il en est ainsi » (p.13). Tel nous semble un des fils conducteurs de la pensée développée.

Alain Mattheeuws dans NRT 127 (2005) 517.