Louf A. (La grâce peut davantage)

mercredi 1er septembre 1993
par  Alain Mattheeuws

LOUF A., La grâce peut davantage. L’accompagnement spirituel, Desclée de Brouwer, 1992, 227 p.

C’est une œuvre de maturité que nous présente Dom Louf, abbé du Mont des Cats. Un livre qui est une “rencontre” entre l’expérience personnelle, celle de la tradition des auteurs spirituels et celle des sciences humaines. A l’écoute des « signes des temps », l’auteur se met ainsi au service d’un besoin contemporain à nouveau vif : l’accompagnement des frères et sœurs dans la foi.
Après une période de “soupçons” et d’un moralisme réducteur, la Parole de Dieu dans la prière se révèle en effet toujours vivante, à discerner ; le souffle de l’Esprit agite les cœurs et leur suggère de nombreuses “motions” (1). Pour l’A., l’accompagnement est un ministère, c’est-à-dire un service dans l’Eglise. Son objet est la vie divine en nous : expérience vitale et simple dont il faut être le témoin avec “l’autre”. Il s’agit de « laisser la vie de Dieu aller son cours dans un autre » (p.49). Marcher sur la route, conduire, engendrer, diriger, guider : autant de termes qui cernent une part de la vérité de ce mystère (2).
Richesse et complexité que cette vie spirituelle lorsqu’elle se développe et forge le dialogue de l’accompagnateur et de l’accompagné. A bien considérer, c’est le terme d’intégration qui qualifie le mieux le travail de Dom Louf. Avec confiance, intégrer cette connaissance des ressorts intérieurs de notre psychisme et les modalités thérapeutiques de la relation humaine AVEC les élans du cœur profond et la présence de l’Esprit Saint qui « se joint à notre esprit ». Avec la liberté que donnent l’expérience et une théologie spirituelle sûre, intégrer et rendre compte des notions telles que les situations transférentielles (4), le surmoi (ce gendarme intérieur, (6)), le miroir (7) qu’il faut “briser” ou laisser briser par Dieu pour ne pas plonger dans son idéalisation narcissique.
L’auteur aide chaque lecteur à comprendre le mystère d’un tel chemin à deux, dans l’Eglise. Nous avons particulièrement apprécié sa réflexion sur la paternité et maternité (8) : c’est l’image de Dieu qui y est en jeu, dans ses ambiguïtés de substitution mais aussi dans sa beauté d’engendrement. Evolution, respect, écoute, patience, prudence, transformation font la joie d’une relation qui ne doit pas être suspectée à priori, mais qui doit toujours être “réfléchie”.
La fin du livre est ignatienne ! Elle nous guide vers la recherche humble de la volonté de Dieu. L’aventure est là : l’homme peut connaître ce que Dieu veut, POUR le faire. Des circonstances extraordinaires rendent cette démarche parfois nécessaire (difficultés dans la prière, choix d’états de vie, signes particuliers). En écho, elles nous apprennent que le chemin ordinaire du bonheur est de faire « toujours et partout » ce que Dieu veut. Y correspondre, c’est faciliter le travail de la grâce qui toujours peut davantage que nous. Merci à Dom Louf pour ce chemin de liberté, pour ce « traité du cœur », écrit dans un style d’une grande pureté.

A. Mattheeuws dans Vie consacrée n°3 (1993) 201-202