Un effort récent pour renouveler la préparation au mariage

samedi 11 novembre 2006
par  Alain Mattheeuws

A propos d’un récent « kit » de la collection « Promesse d’amour »

L’enjeu de la préparation au mariage est décisif : pas seulement à cause des statistiques d’échecs, mais surtout parce que ce sacrement est source d’une grâce particulière. Le témoignage de l’amour vivant, et donc de la présence de Dieu dans l’histoire humaine, dépend clairement des baptisés appelés à se marier et à en vivre pleinement.
On regrette parfois la précipitation avec laquelle certains couples se préparent au sacrement de mariage. Le plus souvent, le traiteur et la salle à manger sont loués avant la première rencontre avec les catéchistes, le diacre ou le prêtre. Or, il faut « fonder la démarche spirituelle » sur un socle profond pour ne pas bâtir sur du sable. C’est pourquoi, investir dans la préparation n’est jamais du temps « perdu ». De nombreux instruments existent déjà. En langue française cependant, il n’existait à ce jour aucun parcours systématique et unifié sur la durée d’une année. Nous avons affaire ici à un ensemble cohérent réalisé par Monsieur J. Villeminot, diacre permanent. A ces publications ont également collaboré d’autres personnes de divers milieux et institutions : psychologues, médecins, théologiens, exégètes et moralistes.

1. Originalité pédagogique

L’originalité de cette démarche exigeante consiste pour les futurs époux à « travailler » eux-mêmes en dehors de leurs rencontres avec le diacre ou le prêtre. La formule s’intitule « l’heure pour nous » : passer une heure par semaine, sans témoins, pour dialoguer et réfléchir à leur projet. Deux instruments les accompagnent : un « Carnet de route » leur donne un contenu à travailler ; un « Carnet de notes » leur permet de mettre par écrit leurs découvertes, les questions sans réponses, les obstacles rencontrés. La route est fléchée. Cette exigence se double de souplesse car le parcours est composé de vingt-six modules adaptables : un couple n’est pas l’autre ! On entre dans un cycle de modules suivant l’histoire du couple. Un livre particulier, « Le guide de l’accompagnateur » donne des indications précieuses pour bâtir un itinéraire. Les prêtres et les diacres pourront y trouver des conseils et situer leurs propres découvertes et insistances pastorales.
L’ensemble de ces instruments suppose un investissement pour tous. Il ne s’agit pas de suivre une « nouvelle formation », mais il convient de plonger dans les articulations des étapes et modules, de s’approprier les thématiques les plus importantes, d’entrer en accord avec les carrefours décisionnels. Le mode d’emploi reste pratique et permet une unification de la démarche d’accompagnement réalisée le plus souvent par divers acteurs.
Un dernier « instrument » consiste en un double DVD centré sur des questions de formation humaine. Sont ainsi envisagées : la gestion de l’argent et de la vie professionnelle dans le couple, la sexualité conjugale, les relations diverses (familiales et amicales). Horizon stimulant pour des amoureux qui parfois ne pensent pas à « tout cela » ! Ces présentations mettent en évidence une vision de l’homme dont les traits sont spécifiquement issus du christianisme.
Signalons « le livre des époux » qui accompagne l’ensemble du « Kit » proposé. Il vise un approfondissement doctrinal et spirituel du mariage pour « tous » les couples. L’axe est simple : compréhension du « dessein d’amour de Dieu », expérience de la « consécration » de l’amour humain par Dieu, prise de conscience d’une mission spécifique du couple. Le retour à l’origine met en évidence combien Dieu a ce désir de faire alliance avec l’homme dans sa masculinité et sa féminité, dans sa conjugalité et sa parentalité. Comment vouloir ce que Dieu veut à travers nos faiblesses et nos fautes ? Le Christ lui-même témoigne que l’alliance est possible : il en est le Sauveur. L’alliance est sainte parce qu’alliance de miséricorde !
L’histoire sainte est revisitée. Dieu a voulu faire alliance avec les couples également. Désormais, tout lien conjugal peut se « loger » dans le Christ qui consacre l’amour et en fait un sacrement. Le salut de l’amour se célèbre dans la miséricorde du temps « passé ensemble ». La Parole de Dieu suscite l’espérance et donne la force d’affronter les obstacles que le parcours n’oblitère pas. Il montre comment les porter avec le Christ et comment la grâce divine pénètre cet amour de l’intérieur.

2. La « Parole de Dieu » dans un « cheminement catéchuménal »

La démarche poursuivie fait le pari suivant : en lisant la Parole de Dieu, Dieu lui-même enseigne ses « enfants » et les fait entrer dans son amour. Si l’amour humain est appelé à témoigner de l’amour divin et à en vivre, comment le faire sans « rencontrer le Christ » ? L’intégration de toute la Parole de Dieu permet d’articuler l’ancien et le nouveau Testament et d’en saisir l’actualité pour nous. Le parcours présente de manière judicieuse tous les textes du lectionnaire du mariage : de quoi « mûrir » aussi le choix pour la liturgie sacramentelle. Catéchèse donc ? Oui, mais au sens d’un renouvellement de la grâce des sacrements de l’initiation chrétienne et d’une appropriation personnelle du nouveau rituel. La Parole de Dieu renouvelle le vécu de la célébration liturgique. Elle unit les futurs époux à ceux que la Parole rassemble dans la liturgie ecclésiale. Cette confrontation avec la Parole peut rendre aux couples l’évidence d’une foi à vivre de manière existentielle. Proposer la foi de l’Eglise, non pas seulement à partir de notions abstraites ou d’obligations morales, mais à partir de l’histoire sainte, ouvre des pistes pour une meilleure formulation personnelle de la foi.
Ce parcours est un chemin : une expérience est proposée, un enseignement sur la foi est offert, une adhésion libre au mystère sacramentel est demandée. Comme tel, ce chemin paraît à la fois « évident » et « trop exigeant » selon les aventures spirituelles de chaque couple. Il est évident que l’horizon sacramentel est l’horizon vital de l’Eglise. Il est clair aussi que cette grâce baptismale doit toujours s’approfondir. Tout n’est pas de l’ordre de « l’acquisition de connaissances » mais plus de la confiance et de la conversion. Qui dit cheminement, dit adaptation à la situation personnelle de chacun en vue d’une meilleure intégration aux mystères et aux trésors spirituels de l’Eglise. Ce parcours est bien de type « catéchuménal » car il renouvelle la foi, la fortifie, la purifie, la sanctifie. Chaque couple fera le chemin que l’Esprit lui indiquera. Cette tonalité est soulignée par des étapes qui peuvent être également des célébrations, à la manière des « scrutins » proposés dans l’initiation chrétienne. Ces étapes sont autant d’occasions pour les époux d’éprouver qu’un acte libre construit l’amour : un engagement comme celui des « fiançailles », une forme festive de professer sa foi par exemple, sont des événements qui libèrent et engagent les futurs époux vers un libre consentement.
La préparation au sacrement de mariage est un lieu d’investissement majeur : les jeunes qui sont concernés y réalisent un de leurs premiers « grand engagement » humain et chrétien. Il convient d’y lire un « moment favorable » pour entrer dans le mystère trinitaire et dans la réalité la plus profonde de l’Eglise. L’amour qui les lie les rend particulièrement ouverts au témoignage de la foi et à la compréhension de l’être de Dieu qui est Amour.

Alain Mattheeuws dans NRT 128 (2006) 89-93


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