Le rythme de la prière personnelle

jeudi 1er février 1996
par  Alain Mattheeuws

LE RYTHME DE LA PRIÈRE PERSONNELLE

La prière personnelle est souvent un « combat » contre soi-même et contre tous les obstacles extérieurs qui s’y opposent dans la vie de tous les jours. Une des difficultés réside dans le manque de conviction, de « foi », que nous avons d’être « réellement actifs » en priant. Nous oublions souvent que la prière est un temps « d’amour et d’amitié ». Temps de gratuité, temps qui ne « sert » à rien. De fait, Dieu nous précède toujours dans ce domaine et Il n’attend que notre réponse. Dieu frappe à la porte de notre « cœur ». Il nous attend. A nous de peser tout le poids de cette amitié. Quel trésor à ne pas laisser à côté de nos vies !

Malgré les convictions intimes de chacun et les bonnes résolutions, il s’agira d’être toujours vigilant. Prier et prier régulièrement, parler à Dieu et l’écouter sans interruption, paisiblement, personnellement, longuement : les tentations à éviter seront nombreuses, mais l’expérience est possible et nécessaire pour notre vie d’homme et de femme. A la question toujours récurrente : est-il possible de prier régulièrement ? Aurais-je le temps de le faire ? il convient de répondre positivement. L’expérience montre cependant qu’il faut à la fois une rigueur de décision, beaucoup de souplesse, un certain temps pour se mettre dans la prière et mettre la prière dans nos vies.

Parlons donc de la prière de ceux et celles qui vivent dans nos sociétés, qui exercent de nombreuses activités, qui ont des responsabilités à assumer. Il ne s’agit donc pas d’une forme de prière monastique, mais bien de la prière de ceux qui sont dans le monde et qui désirent approfondir leur relation à Dieu et aux autres. Cette prière doit s’inscrire dans le monde moderne tel qu’il est : il faut la « construire », l’« installer », la « forger ». La prière est une tâche en même temps qu’une offrande de soi en attendant l’abondance des dons de Dieu. L’homme « se dispose » à la rencontre avec son Dieu. Ce rapport entre notre "effort" et le travail de la grâce est présent dans toute notre vie. L’épisode du jeune homme qui apportait « cinq pains d’orge et deux petits poissons » (Jn 6,9) avant la multiplication des pains par Jésus peut nous aider à comprendre quelle est notre responsabilité.

Avoir un rythme de prière, surtout dans la vie courante, est important. Pourquoi ne pas essayer de prier sous une triple modalité : quotidienne, hebdomadaire, annuelle ? La prière est un don de Dieu, mais nous en sommes responsables. A nous de nous donner à Dieu et de lui rendre toute son amitié. Il est certainement possible de vivre ces rythmes dans toutes les situations de vie active. Ne cherchons pas trop vite des alibis. Cherchons des modèles : même une personne très « occupée » telle que le roi Baudouin priait chaque jour...

1. Le rythme quotidien

Chaque jour est un jour nouveau, fait de clarté et de nuit. Nous sommes conditionnés par ce rythme naturel. La présence au Seigneur et la présence du Seigneur doivent être explicites dans la prière sans que celle-ci soit nécessairement longue. Soir et matin sont des moments-clés pour l’offrande et pour la confiance. Chacun doit adapter ces temps de prière suivant son tempérament, sa vie familiale et professionnelle. Tout en restant souple, il nous est toujours possible de faire « un signe de croix » au lever et au coucher, un « Notre Père » ou un « Je vous salue Marie » prononcé lentement. D’autre part, prier 10 minutes le matin ou le soir est nécessaire pour la santé de notre cœur.
Le contenu et le support de cette prière peuvent varier : des intentions, la lecture du jour ou du dimanche suivant, un psaume connu, un examen de conscience, une prière « composée » (prière de fidélité) etc... Dans ce type de prière, la « mémoire » du cœur (et ce qui est dit « de mémoire ») est importante : elle facilite les « paroles de la prière », surtout quand on est mal réveillé ou fatigué.

2. Le rythme hebdomadaire

Il faut de plus mettre dans son agenda un « long temps » de prière par semaine. Décision difficile à prendre ! Un long moment signifie l’équivalent d’une heure de cours, d’une séance de cinéma, d’une soirée chez des amis. Il faut donner l’occasion à Dieu de nous « parler » et de le faire à sa manière commune, c’est-à-dire dans la discrétion, la douceur, la sobriété. N’obligeons pas Dieu à intervenir dans nos vies chaque fois par un coup de tonnerre pour nous faire connaître sa volonté ou nous éviter une erreur. Saint Paul n’a été renversé qu’une seule fois de son cheval...

Ce long moment hebdomadaire devrait être un « repos » dans le Seigneur, une présence amoureuse, un détachement de tout souci et du stress, un retour à l’essentiel. Il doit être prévu, assimilé à notre vie, en faire partie intégrante comme n’importe quel rendez-vous ou période consacrés aux courses et aux achats. Ce temps peut être utile pour confier au Seigneur des soucis importants, pour prendre conscience des directions que prennent nos vies, pour nous préparer à un sacrement : l’eucharistie ou la réconciliation.

3. Le rythme mensuel ou annuel

Dans ce dernier cas, il faut quitter sa maison, ses activités habituelles pour aller au « désert », monter sur la « colline » et écouter la Parole de Dieu. Cette démarche peut prendre la forme d’un WE régulier de récollection, d’une prière dans un autre lieu (un monastère, un centre spirituel, une maison communautaire) pour se laisser « enseigner », lire un peu, se reposer, faire le point. On peut le vivre en couple à condition de respecter le silence et la prière de l’autre. Ces WE peuvent correspondre à des événements familiaux (avant la communion solennelle, avant le mariage d’un enfant) et à des temps liturgiques. Certains vivent plusieurs WE de ce type par an, d’autres peuvent partir 5 ou 8 jours complets en retraite profitant des nombreuses possibilités de ressourcement qui sont offertes dans l’Eglise et les centres de spiritualité.

Sous forme de conclusion

Les trois rythmes s’interpénètrent. La vie spirituelle commence à avoir une bonne vitesse de croisière quand ils prennent vraiment corps dans nos vies. On commence alors à prendre « goût à l’aventure ». Cette manière de prier est possible : l’expérience de nombreuses personnes en témoigne. Ces moments sont aussi "nécessaires". Il est difficile de « prendre conscience » de sa vie spirituelle ou d’envisager une aventure spirituelle avec un accompagnateur sans vouloir d’une manière décidée inscrire ces rythmes dans sa vie. A chacun de commencer à les vivre en commençant par l’un ou par l’autre. Dès qu’un rythme s’installe dans une vie, il fortifie la volonté personnelle et permet le passage à un autre. Ces trois rythmes peuvent être vécus harmonieusement avec des temps de prière communautaire, en couple, avec les enfants, dans des groupes de prières, dans des paroisses. Pour être vraie, la prière communautaire ne peut pas remplacer la prière personnelle. L’une renvoie à l’autre et réciproquement.

A. Mattheeuws dans Fidélité (1996-3) 4-7.