Lacroix X. (De chair et de parole)

jeudi 1er novembre 2007
par  Alain Mattheeuws

LACROIX X., De chair et de parole. Fonder la famille, Bayard, 2007.

Dans un langage de plus en plus ferme et précis, l’auteur nous offre un nouveau livre sur la famille et ses enjeux dans notre culture aux traits éclatés. Quatre chapitres nous centrent sur des thèses propres à faire réfléchir les hommes et les femmes de bonne volonté. Tous les modèles familiaux se valent-ils (c.1) ? Non, si l’on considère, au-delà des critiques faciles ou des états de fait, que la famille n’est pas fondée uniquement sur la filiation ou sur la conjugalité, mais sur leur « lien ». Le mariage est bien le lieu où peuvent s’articuler au mieux « la chair et la parole, le corps et l’institution, la vie et la liberté ». Cette réflexion trouve des confirmations dans des observations anthropologiques solides et convergentes. Le mariage est bien « ouverture au tiers », et ainsi condition d’une rencontre avec l’altérité des personnes et des âges (c.2). Rite de passage où le temps s’inscrit dans la chair des personnes et permet également aux valeurs d’être intégrées librement et de se transmettre joyeusement.

L’originalité – et le lieu de confrontation ou de débats par excellence – se trouve dans le troisième chapitre : « Pourquoi vieillir ensemble ? ». Cette thèse décisive sur la fidélité de l’amour s’énonce dans des termes incisifs. Quelles sont les ressources internes à l’être humain pour expérimenter qu’il est possible et bon de vieillir ensemble ? Le mystère naturel de la personne est source de cette « foi » qui traverse le temps. D’autres ressources « spirituelles » ne sont pas à négliger. Le quatrième chapitre explicite enfin l’importance du « roc de la différence ». « La différence des sexes et la différence des générations sont les deux rocs de la réalité » (p.135). Contre la « confusion des genres » liée à la théorie du gender, l’auteur montre clairement la genèse des incertitudes culturelles et ses conséquences (par exemple : l’institution de la confusion dans le mariage homosexuel et l’adoption). Le point nodal des débats reste toujours l’inscription de la liberté humaine dans une « chair ». La famille est un véritable enjeu éthique : nous le vérifions tous les jours. Elle est une « aventure » dans laquelle l’être humain est appelé à la fois à cheminer et à demeurer.

Alain Mattheeuws