Saint Bernard (le 20 août). Jg 9,6-15 ; Ps 20 (21) ; Mt 20,1-16
Nous sommes confrontés aujourd’hui à deux lectures à la fois déconcertantes et énigmatiques. Les lire pour la première fois, c’est courir le risque d’être surpris et plongé dans des paradoxes. C’est souvent le cas avec des paroles prophétiques ou des paraboles.
Israël voulait un roi comme les autres peuples aux alentours avec le danger d’oublier que le vrai roi d’Israël, c’est le Seigneur. Son peuple lui appartient. Il l’a sauvé et libéré. Mais Dieu consent à la nomination d’un roi. Encore faut-il le choisir et définir son rôle. Qui prendre parmi les arbres : l’olivier, le figuier, la vigne ? Tous ces arbres sont des symboles du peuple d’Israël. Tous déclinent l’invitation car il leur faudra renoncer à leur être et à leurs fruits. Le pouvoir politique n’est pas au service de lui-même. Le buisson d’épines se dit prêt à assumer ce pouvoir. Mais il définit les règles du jeu : le choisir de bonne foi et s’accommoder de son ombre. L’ombre d’un buisson d’épines est bien fragile dans une terre aride. L’onction ne reposera pas sur l’arbre le plus adéquat. A vous de choisir, dit Yotam. Cet exemple rappelle aux fils d’Israël qu’aucun roi de la création ne pourra jamais égaler le Seigneur, le Dieu trois fois Saint.
Dans la parabole de Jésus, c’est plutôt la justice sociale qui est mise à l’épreuve. Car les ouvriers de la dernière heure sont payés comme les ouvriers de la première heure. Il est légitime de penser que ce mode de rétribution est inadéquat et injuste. Pourtant le maître de la vigne est fidèle à sa parole envers tous. Mais il affirme qu’il est maître à la fois du travail et du salaire : « n’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens ? » Le Seigneur renverse les critères des hommes non pas parce qu’ils sont faux ou illégitimes mais parce qu’il n’y a rien de plus grand que son amour et sa bonté. Suivre le Seigneur, juger comme Lui, nous bouscule souvent. Car si le vrai Roi du monde montre sa puissance à la croix, le vrai maître du domaine nous ouvre à l’horizon d’une gratuité qui défie toutes les règles économiques de bon sens. Dans de nombreux domaines, les « derniers seront premiers, et les premiers seront derniers ». Il est parfois bon de chercher dans notre vie chrétienne ce qui nous surprend, nous déconcerte, nous semble incohérents.